INTRODUCTION
Le contrat du travail, qui sâanalyse en substance comme la convention par laquelle une personne sâengage Ă mettre son activitĂ© Ă la disposition dâune autre, sous la subordination de laquelle elle se place, moyennant une rĂ©munĂ©ration[1], peut prendre fin par le licenciement dont les causes et la procĂ©dure sont organisĂ©es par le lĂ©gislateur congolais.
De ce fait, parler de la procĂ©dure du licenciement revient Ă analyser les stades de la rĂ©siliation du contrat de travail Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e par lâemployeur.
En clair, pour licencier, lâemployeur doit observer une procĂ©dure, qui varie suivant quâil sâagit dâun licenciement pour motif personnel (inhĂ©rent Ă la personne du salariĂ©) ou dâun licenciement pour motif Ă©conomique[2].
De ce qui prĂ©cĂšde, il en serait que le code du travail nâa pas prĂ©vu des dispositions consacrant spĂ©cifiquement la procĂ©dure du licenciement, mais les contours de cette procĂ©dure peuvent dĂ©couler une lecture croisĂ©e, critique et analytique des dispositions du code du travail.
Le droit du travail qui est gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme cette discipline qui recouvre lâensemble des rĂšgles juridiques rĂ©gissant, dans le secteur privĂ©, les relations du travail entre employeurs et salariĂ©s et rĂ©gissant les rapports dâemploi (lâaccĂšs Ă lâemploi, le contrat de travail, les licenciement, etc.) les rapports professionnels, qui prĂ©sentent une dimension collective (grĂšve, nĂ©gociation et conventions collectives, syndicales, reprĂ©sentation du personnel, etc.)[1], cette discipline a Ă©tĂ© conçue dans la logique de protection des salariĂ©s contre le mauvais usage du pouvoir des employeurs.
En effet, le constituant congolais en consacrant le droit du travail dans la catégorie des droits économiques, a voulu mettre en évidence la protection contre le chÎmage et une rémunération équitable et satisfaisante[2].
Câest pourquoi le code du travail a renchĂ©rit cette protection des salariĂ©s en prĂ©voyant que « le contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e ne peut ĂȘtre rĂ©siliĂ© Ă lâinitiative de lâemployeur que pour un motif valable liĂ© Ă lâaptitude ou Ă la conduite du travailleur sur les lieux de travail dans lâexercice de ses fonctions ou fondĂ© sur les nĂ©cessitĂ©s du fonctionnement de lâentreprise, de lâĂ©tablissement ou du service »[3].
Il rĂ©sulte de ce qui prĂ©cĂšde que le droit au travail pour tout salariĂ© constitue le principe et le licenciement (quâil soit personnel ou collectif pour motif Ă©conomique) lâexception. Cette considĂ©ration confirme la thĂšse selon laquelle le droit du travail a Ă©tĂ© conçu dans le but de la protection des salariĂ©s[4].
Au fait, le licenciement constitue normalement lâune des sanctions disciplinaires prĂ©vues par la loi (Ă savoir le blĂąme, la rĂ©primande et la mise Ă pied), qui met fin aux rapports entre lâemployeur et le travailleur et au contrat du travail.
Au demeurant, la lecture analytique du Code du travail congolais fait Ă©tat dâune procĂ©dure spĂ©cifique attachĂ©e Ă chaque type de licenciement[5].
Le respect de la procĂ©dure y affĂ©rente est important dans la mesure oĂč mĂȘme licenciĂ©, le salariĂ© bĂ©nĂ©ficie toujours de la protection lĂ©gale de ses droits.
Cependant, dans la mise en Ćuvre de la procĂ©dure du licenciement, il se pose le problĂšme de lâimprĂ©cision quant au commencement de la procĂ©dure du licenciement.
En dâautres termes, le lĂ©gislateur congolais semble nâavoir pas prĂ©cisĂ© le stade oĂč lâon peut considĂ©rer que la procĂ©dure du licenciement a commencĂ©. Ce qui suscite des interrogations dont la recherche des solutions sera au centre de nos investigations.
Ceci suscite les questions qui vont présider nos investigations dans le cadre de cette analyse. Ces investigations sont les suivantes :
- Peut-on considĂ©rer que la procĂ©dure du licenciement dĂ©bute, dans le cas de la commission de la faute lourde, par la notification que lâemployeur a la facultĂ© dâadresser au travailleur pour des raisons dâenquĂȘte ?
- Quand est-ce la procĂ©dure du licenciement commence dans le cas oĂč il est prĂ©cĂ©dĂ© du prĂ©avis ?
- Concernant le licenciement massif, devons-nous considérer que le moment du déclenchement de la procédure est fixé par le législateur ou par le Ministre ayant le Travail et la Prévoyance Sociale dans ses attributions ?
Le licenciement, qui nâest que la rĂ©siliation du contrat du travail Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e, c’est-Ă -dire que les parties nâont pas prĂ©cisĂ© directement ou indirectement la durĂ©e de leur engagement[6], a des prĂ©alables Ă observer dans le chef de lâemployeur et une ligne de conduite Ă respecter du dĂ©but des enquĂȘtes jusquâau licenciement dĂ©finitif sous peine des sanctions lĂ©gales Ă lâĂ©gard de lâemployeur.
En effet, la résiliation sans motif valable du contrat à durée indéterminée donne droit, pour le travailleur, à une réintégration.
A dĂ©faut de celle-ci, le travailleur a droit Ă des dommages intĂ©rĂȘts compensatoires fixĂ©s par le Tribunal du travail et calculĂ©s en tenant compte notamment de la nature des services engagĂ©s, de l’anciennetĂ© du travailleur dans l’entreprise, de son Ăąge et des droits acquis Ă quelque titre que ce soit[7].
Concernant lâimprĂ©cision consacrĂ©es par le lĂ©gislateur quant au dĂ©but de la procĂ©dure du licenciement, il sâavĂšre que la procĂ©dure de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, entendue comme lâensemble des formalitĂ©s qui doivent ĂȘtre suivies pour parvenir Ă une solution juridictionnelle de nature civile, pĂ©nale ou administrative selon le cas[8], ne commence quâĂ partir du moment oĂč lâentreprise entame soit lâenquĂȘte Ă lâĂ©gard dâun travailleur accusĂ© dâavoir commis un mĂ©fait, ou encore elle commence lorsque lâentreprise pour nâimporte quel motif, entame lâinitiative de licencier un travailleur ou des travailleurs en cas de licenciement massif.
SpĂ©cifiquement, pour le licenciement massif, il nous semble que la procĂ©dure du licenciement est coiffĂ©e par lâarrĂȘtĂ© du Ministre ayant le travail et la prĂ©voyance sociale dans ses attributions sous lâautoritĂ© toujours de la loi (Code du travail) qui lui confĂšre cette attribution.
Tout compte fait, nous estimons que dans la pratique, lâirrespect de la procĂ©dure du licenciement par les employeurs en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo est dĂ» au fait que le lĂ©gislateur congolais est imprĂ©cis sur tant des choses, notamment le commencement de ladite procĂ©dure, dâune part, et aussi par lâignorance de cette procĂ©dure en particulier et de droit du travail en gĂ©nĂ©ral par une bonne partie dâemployeurs et des travailleurs.
DâoĂč lâintĂ©rĂȘt que prĂ©sente cette analyse, qui sera une sorte de vulgarisation de cet aspect de droit du travail.
Cette analyse va sâarticuler autour de deux chapitres, en dehors de ses parties introductive et conclusive :
- Le premier ne sera quâun regard analytique et explicative du licenciement en droit positif congolais et comparĂ© (Droits français et allemand) ;
- Le second analysera la procédure du licenciement en droit positif du travail congolais tout en relevant les insuffisances et en proposant des correctifs.
[1] S. GUINCHARD et T. DEBARD, Op.cit., p. 335.
[2] Article 36 de la Constitution de la RDC du 18 février 2006 telle que modifiée par la loi n° 11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la République démocratique du Congo, in JO RDC du 1er février 2011.
[3] Article 62 alinéas 1er de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[4] J-M. KUMBU ki NGIMBI, Droit social, droit du travail et de la sécurité sociale, Kinshasa, Galimage, 2015, p. 24.
[5] Pour ce qui est du licenciement personnel, le Code du travail prĂ©voit une procĂ©dure qui fera lâobjet de nos analyses tout au long de cette Ă©tude. Tandis que toute rĂ©siliation Ă l’initiative de l’employeur d’un contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e, fondĂ©e sur les nĂ©cessitĂ©s du fonctionnement de l’entreprise, de l’Ă©tablissement ou du service, est soumise aux conditions qui seront dĂ©finies par un ArrĂȘtĂ© du Ministre ayant le Travail et la PrĂ©voyance Sociale dans ses attributions.
[6] MANGWAYA BUKUKU, « Lâobligation de motif valable et de prĂ©avis dans la rĂ©siliation du contrat de travail », in Congo-Afrique, N°58, Kinshasa, p. 463.
[7] Article 63 alinéas 1er de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[8] S. GUINHARD et T. DEBARD, Op.cit., p. 683.
[1] G.H. CAMERLYNCK, Droit du travail : contrat de travail, Tome 2, Paris, Dalloz, 1982, p. 52.
[2] S. GUINCHARD et T. DEBARD, Lexique des termes juridiques, Paris, Dalloz, 2012, p. 522.
CHAPITRE 1 : ANALYSE DESCRIPTIVE ET EXPLICATIVE DU LICENCIEMENT EN DROIT POSITIF CONGOLAIS ET COMPARE
Le contrat de travail constitue, en rĂ©gime libĂ©ral, la source principale des rapports individuels de travail. Ainsi libres de sâengager, les parties peuvent se dĂ©sengager de leurs obligations. La libertĂ© entraine donc la rĂ©ciprocitĂ©.
Cependant, la thĂ©orie moderne du droit de travail a tendance Ă distinguer le principe de la libertĂ© de celui de la rĂ©ciprocitĂ©, de sorte que, si la conclusion du contrat de travail est encore soumise au principe de la libertĂ©, celui de la rĂ©ciprocitĂ© nâest plus de mise en cas de rupture du contrat[1].
Pour ce qui est du licenciement, qui est une rupture du contrat de travail par lâemployeur, il exige lâobservance de la procĂ©dure pour lâappliquer, et pour licencier, il faut une cause sĂ©rieuse et rĂ©elle pour que lâemployeur ne puisse pas engager sa responsabilitĂ© dĂ©lictuelle pour licenciement abusif ou sans motif valable.
En effet, la doctrine moderne invoque, Ă cet effet, les impĂ©ratifs sociaux du droit du travail et la nĂ©cessitĂ© dâassurer la stabilitĂ© de lâemploi et des revenus des salariĂ©s ; et cela explique la distinction instaurĂ©e quant aux effets de la rupture du contrat de travail entre la dĂ©mission du salariĂ© qui ne constitue pas un grand danger pour lâemployer et le licenciement du travailleur aux graves consĂ©quences sociales[2].
Ainsi le lĂ©gislateur a rĂ©glementĂ© strictement la cessation du contrat de travail dans ses deux formes par la dĂ©finition des motifs susceptibles dây donner lieu et par lâindication de la procĂ©dure Ă suivre par la partie qui prend lâinitiative de la rupture.
Câest dans ce contexte que ce chapitre fera une analyse descriptive du licenciement en droit du travail (Section 1) avant de faire une mise au point sur lâanalyse explicative du licenciement (Section 2).
Section 1 : Analyse descriptive du licenciement
Cette section traitera dâabord des notions du licenciement (§1), de typologie de licenciements ensuite (§2) et des motifs du licenciement enfin (§3).
Comme prĂ©cĂ©demment Ă©voquĂ©, le licenciement est une rĂ©siliation du contrat du travail Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e, c’est-Ă -dire que les parties nâont pas prĂ©cisĂ© directement ou indirectement la durĂ©e de leur engagement[3].
Ce licenciement a des prĂ©alables Ă observer dans le chef de lâemployeur et une ligne de conduite Ă respecter du dĂ©but des enquĂȘtes jusquâau licenciement dĂ©finitif sous peine des sanctions lĂ©gales Ă lâĂ©gard de lâemployeur ; car il est de principe quâun contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e ne peut ĂȘtre rĂ©siliĂ© Ă lâinitiative de lâemployeur que pour un motif valable (soit liĂ© Ă lâaptitude ou Ă la conduite du travailleur, soit fondĂ© sur les nĂ©cessitĂ© du fonctionnement de lâentreprise)[4].
Pour bien saisir la portée de cette notion du licenciement, nous allons analyser son évolution dans le temps, ou son historique (A) et son importance (B).
- Historique
Parlant de lâhistorique du licenciement, nous notons que depuis les origines, le licenciement existait, mais nâĂ©tait pas organisĂ© par la loi comme câest le cas aujourdâhui.
En effet, lâemployeur qui Ă©tait maĂźtre et disposant de tout pouvoir sur ses travailleurs, Ă©tait libre de les renvoyer Ă sa convenance sans aucune forme de prĂ©alable ou de procĂ©dure ; dâoĂč la raison mĂȘme de la mise en place du droit de travail, conçu dans le but de la protection des salariĂ©s[5].
Pour ce qui est du licenciement pour motifs Ă©conomiques, il nâest apparu en droit français quâen 1969 dans un accord interprofessionnel, et ce nâest quâaprĂšs 20 ans, ou en 1989 quâune loi lâa dĂ©fini comme Ă©tant « le licenciement effectuĂ© par lâemployeur pour un ou plusieurs motifs non inhĂ©rents Ă la personne du salariĂ© »[6].
Le droit social français, dĂ©part cette origine du licenciement pour motifs Ă©conomiques, repose ainsi sur lâidĂ©e que lâemployeur peut dĂ©cider unilatĂ©ralement de mettre fin Ă un contrat de travail Ă condition de justifier sa dĂ©cision, outre les fautes Ă©ventuelles du salariĂ© concernĂ©.
En droit congolais par ailleurs, câest depuis le 19 septembre 1974 que le licenciement massif est rĂ©glementĂ© de maniĂšre particuliĂšre ou spĂ©cifique par lâArrĂȘtĂ© dĂ©partemental 11/74 fixant les modalitĂ©s dâapplication des articles 48 et 64 du code du travail (licenciements massifs, licenciements fondĂ©s sur les nĂ©cessitĂ©s du
fonctionnement et licenciements fondés sur des raisons économiques).
Du moins, nous pouvons retenir que la rĂ©glementation des modalitĂ©s du licenciement peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme lâune des raisons dâĂȘtre du droit du travail, car il est hors de doute que dans tout Etat moderne, ce sont les pouvoirs publics qui tiennent Ă la stabilitĂ© de lâemploi, Ă la prospĂ©ritĂ© des unitĂ©s de production et Ă imprimer au travail humain un caractĂšre sacrĂ©[7] par une rĂ©glementation rigoureuse ; autrement dit, le licenciement câest lâune des raisons dâĂȘtre du droit du travail.
- Importance
Parler de lâimportance de licenciement revient Ă Ă©voquer lâimportance de lâĂ©claircissement des causes du licenciement, dans la mesure oĂč elles permettent au travailleur licenciĂ© de connaĂźtre les motifs qui ont conduit Ă son licenciement ; et cela aussi manifeste lâintention du lĂ©gislateur qui est celle de bannir lâarbitraire dans lâexercice des pouvoirs reconnus Ă lâemployeur, entre autres, la facultĂ© quâil dispose de rĂ©siliation unilatĂ©rale du contrat.
Câest pour cette raison quâen droit allemand, lâemployeur qui ne respecte pas ses obligations dans le cadre du contrĂŽle du chĂŽmage (dĂ©claration inexacte concernant le licenciement) peut ĂȘtre sanctionnĂ© par le paiement dâune amende pĂ©nale ou administrative[8].
§2. Typologie du licenciement
De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, il nâexiste que deux sortes de licenciement, Ă savoir le licencient individuel et celui collectif.
Cependant, chaque législation organise les modalités et conditions à suivre pour aboutir à ces deux types de licenciement.
De ce fait, il nous faut Ă ce stade analyser les types de licenciement selon lâorganisation lĂ©gislative congolaise (A), avant de faire la mĂȘme analyse en droit allemand (B).
- En droit congolais
En droit congolais, le lĂ©gislateur ne sâest pas limitĂ© Ă rĂ©glementer la conclusion et lâexĂ©cution du contrat de travail. Il a en outre prĂ©vu les modalitĂ©s de cessation dudit contrat selon quâil a Ă©tĂ© Ă©tabli pour une durĂ©e dĂ©terminĂ©e ou pour une durĂ©e indĂ©terminĂ©e.
En effet, pour le contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e, le lĂ©gislateur congolais organise dâune part, le licenciement individuel, qui est fondĂ© sur lâaptitude ou la conduite du travailleur ; et dans ce cas, le ou les travailleurs licenciĂ©s doivent ĂȘtre remplacĂ©s immĂ©diatement.
Dâautre part, le lĂ©gislateur congolais prĂ©voit un licenciement, qualifiĂ© de « massif ou pour des motifs Ă©conomiques » fondĂ© sur les nĂ©cessitĂ©s du fonctionnement de lâentreprise uniquement aprĂšs lâinspection du travail du ressort[9] et sous rĂ©serve de certaines conditions Ă observer.
- En droit comparé (droit allemand)[10]
Contrairement au droit du travail congolais, celui dâAllemagne organise trois types de licenciement, Ă savoir : le licenciement ordinaire (1), le licenciement exceptionnel avec effet immĂ©diat (2) et le licenciement de reclassement (3).
- Le licenciement ordinaire (OrdentlichekĂŒndigung)
Câest un licenciement qui est applicable en droit du travail allemand dans les cas suivants :
- La sociĂ©tĂ© qui licencie nâa que dix employĂ©s ou moins et le travailleur licenciĂ© a une anciennetĂ© de six mois ;
- Lorsque le travailleur licenciĂ© a signĂ© un contrat de travail avant le 1er janvier 2004 et que la sociĂ©tĂ© ne comptait quâau moins cinq salariĂ©s ;
Dans ces cas, lâemployeur ne peut rompre le contrat de travail (quâil soit Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e ou indĂ©terminĂ©e), outre la faute grave, que pour certains motifs[11] ; et devra dans ces cas consulter le Conseil dâentreprise (sâil existe un) et respecter un dĂ©lai de prĂ©avis.
- Le licenciement exceptionnel avec effet immĂ©diat (auBerordentliche kĂŒndigung)
Ce licenciement est celui qui exclut le prĂ©avis. En effet, en droit du travail allemand, lâemployeur peut mettre fin Ă un contrat de travail avec effet immĂ©diat, c’est-Ă -dire sans prĂ©avis, mais exceptionnellement en raison dâun motif grave ou de faute grave dans le chef du travailleur[12].
- Le licenciement de reclassement (ĂnderungskĂŒndigung)
En droit du travail allemand, lâemployeur a la possibilitĂ© de proposer au travailleur, Ă la place du licenciement, un nouvel emploi ou une modification du contrat de travail, quitte au travail de se dĂ©cider[13].
Apres cette comparaison de la législation congolais à celle allemande sur le licenciement, il nous faut évoquer les motifs du licitement.
De maniĂšre gĂ©nĂ©ral, le contrat du travail obĂ©it aux conditions communes de rupture, outre les particularitĂ©s de chaque lĂ©gislation, Ă savoir : la rupture par le consentent mutuel (c’est-Ă -dire par la volontĂ© commune des parties, soit par transaction ou Ă lâamiable) ; la rupture pour cause de dĂ©cĂšs du travailleur (mais pas du chef dâentreprise) et la faute lourde.
Pour ce qui est des particularitĂ©s, nous allons les relever selon quâil sâagisse du droit du travail congolais (A) et du droit allemand (B).
- En droit congolais
Plusieurs raisons peuvent amener un employeur Ă prendre la dĂ©cision de se sĂ©parer dâun ou plusieurs de ses salariĂ©s, mais une seule option sâimpose Ă lui pour rompre un contrat de travail : le licenciement.
En effet, un salariĂ© ne peut ĂȘtre licenciĂ© de façon arbitraire ou alĂ©atoire. Câest la raison pour laquelle le droit du travail congolais veut que les causes et la procĂ©dure soient strictement respectĂ©es pour ce faire, faute de quoi, lâemployeur sera astreint Ă payer des dommages et intĂ©rĂȘts[14].
Au sens de la convention sur le licenciement 1982 de l’Organisation internationale du travail, le licenciement est une cessation de la relation de travail sur l’initiative de l’employeur[15].
Autrement dit, le licenciement constitue la dĂ©cision unilatĂ©rale par laquelle lâemployeur met fin au contrat qui lie au travailleur[16].
En considĂ©ration de son champ circonscrit Ă la rupture du contrat de travail du fait de l’employeur, le licenciement se dissocie ainsi des autres modes de cessation des relations de travail en droit congolais, telles que la dĂ©mission, la force majeure, la rupture anticipĂ©e, etc.
D’autres situations en droit congolais ayant vocation Ă Ă©tendre le dynamisme protecteur du licenciement peuvent lui ĂȘtre assimilĂ©es.
C’est notamment le cas de la modification substantielle du contrat de travail ou de la mise Ă la retraite d’un travailleur ĂągĂ© ne remplissant pas encore les conditions requises pour faire valoir ses droits Ă la retraite[17].
Quoi quâil en soit, il existe deux types de licenciement, Ă savoir le licenciement pour motif personnel qualifiĂ© de licenciement individuelle (1) et le licenciement pour motif Ă©conomique autrement appelĂ© licenciement collectif (2).
Cependant pour ĂȘtre rĂ©gulier, quant au fond, le licenciement en droit congolais doit ĂȘtre fondĂ© sur une cause rĂ©elle et sĂ©rieuse. Les deux conditions doivent ĂȘtre remplies simultanĂ©ment.
Une cause rĂ©elle est une cause ayant une rĂ©alitĂ© concrĂšte et vĂ©rifiable. Elle doit aussi ĂȘtre objective et donc soit Ă la personne du salariĂ© ou Ă son aptitude au travail, soit Ă lâorganisation de lâentreprise.
Une cause sĂ©rieuse est une cause revĂȘtant un certain degrĂ© de gravitĂ© rendant impossible sans dommage Ă lâentreprise la continuation du travail[18].
- Le licenciement individuel : motifs
Aux termes de lâarticle 62 de la loi du 25 octobre 2002 portant Code de travail, il est prĂ©vu que le contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e ne peut ĂȘtre rĂ©siliĂ© Ă l’initiative de l’employeur que pour un motif valable liĂ© Ă l’aptitude ou Ă la conduite du travailleur sur les lieux de travail dans l’exercice de ses fonctions ou fondĂ© sur les nĂ©cessitĂ©s du fonctionnement de l’entreprise, de l’Ă©tablissement ou du service.
Ceci suppose que les motifs et la procĂ©dure du licenciement varient selon quâil sâagit dâun licenciement individuel dans le contrat Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e (a) que dans le contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e (b).
- Motifs du licenciement dans le contrat à durée déterminée
De prime Ă bord, il nous faut relever en ce qui concerne les motifs ici, Ă la lumiĂšre des article 69 et 70 de la loi du 25 octobre 2002 portant Code du travail, quâil nâexiste que deux modes de cessation du contrat de travail Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e, Ă savoir : la cessation Ă lâĂ©chĂ©ance convenue et la cessation avant lâĂ©chĂ©ance convenue. Et pour ce qui nous concerne, nous allons analyser la cessation avant lâĂ©chĂ©ance convenue.
En effet, le code du travail prĂ©voit, Ă ses articles 70 et 72 la possibilitĂ© de mettre fin au contrat de travail avant le terme convenu, Ă la suite dâune faute, quâelle quâen soit lâampleur.
La doctrine soutient Ă©galement que le contrat de travail Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e peut prendre fin pour motif dâinexĂ©cution par une partie de ses obligations contractuelles[19].
En dâautres termes, le principe semble que toute rupture anticipĂ©e du contrat Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e est fautive, sauf lorsquâelle est justifiĂ©e par la force majeure ou la faute lourde des contractants[20].
De ce fait, on peut distinguer le licenciement pour faute lourde, et sans faute lourde.
- Le licenciement pour faute lourde
De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la faute lourde est diffĂ©rente de la faute grave, qui constitue une violation des obligations dĂ©coulant du contrat de travail ou des relations de travail dâune importance telle quâelle rend impossible le maintien du salariĂ© pendant la durĂ©e du prĂ©avis[21].
La faute lourde quant Ă elle traduit donc la volontĂ© du salariĂ© de nuire Ă lâemployeur. Câest la raison pour laquelle la doctrine la qualifie de faute Ă©quipollente au dol, ou de faute intentionnelle[22].
Sâagissant du licenciement pour faute lourde dans ce cas prĂ©cis, lâarticle 72 de la loi du 25 octobre 2002 portant Code du travail prĂ©voit la possibilitĂ© de rĂ©silier immĂ©diatement tout contrat (Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e ou indĂ©terminĂ©e) en cas de commission dâune faute lourde[23].
- Le licenciement intervenant sans faute lourde
Partant du contenu de lâarticle 72 alinĂ©as 2 de la loi de 2002, qui considĂšre quâune partie est rĂ©putĂ©e avoir commis une faute lourde lorsque les rĂšgles de la bonne foi ne permettent pas d’exiger de l’autre qu’elle continue Ă exĂ©cuter le contrat, nous estimons aussi quâune faute, mĂȘme lĂ©gĂšre, qui a pour effet dâentamer la confiance de lâemployĂ© envers son employeur peut entrainer le licenciement.
Toute fois, si lâemployeur procĂšde par un licenciement irrĂ©gulier allant dans ce sens, les dommages et intĂ©rĂȘts quâil devra donner Ă son travailleur lĂ©sĂ© par sa dĂ©cision, correspondent aux salaires et aux avantages de toute nature dont le salariĂ© aurait bĂ©nĂ©ficiĂ© pendant la pĂ©riode restant Ă courir jusquâau terme de son contrat[24].
- Motifs du licenciement dans le contrat à durée indéterminée
Le licenciement qui et une dĂ©cision unilatĂ©rale par laquelle lâemployeur met fin au contrat qui le lie au travailleur[25], il ne peut ĂȘtre pris que pour un motif valable liĂ© Ă lâaptitude ou Ă la conduite du travailleur sur le lieu du travail et dans lâexercice de ses fonctions.
Cela Ă©tant, on peut alors distinguer le licenciement Ă la suite de la conduite du travailleur sur son lieu de travail et dans lâexercice de ses fonction, du licencient liĂ© Ă lâaptitude du travailleur.
- Le licenciement fondé sur la conduite du travailleur
La conduite du travailleur, câest sa maniĂšre de se comporter qui se traduit par des actes et des agissements. Il sâagit dâactes positifs ou par omission que le travailleur pose au sein de lâentreprise, dans les rapports avec ses supĂ©rieurs et ses collĂšgues[26].
Mais, sauf si les actes de la vie privĂ©e ont un impact sur le travail ou sur la rĂ©putation de lâentreprise, aucun travailleur ne peut faire lâobjet de licenciement pour des actes de la vie privĂ©e[27].
Les fautes de conduite susceptibles de donner lieu au licenciement peuvent figurer dans le rĂšglement dâentreprise ou dans la convention collective.
Il peut sâagir de retards occasionnel, de manque de respect au personnel dirigeant, dâoublie de pointer[28]. Quoi quâil en soit, nous retenons trois types des fautes pouvant toutes amener au licenciement, Ă savoir :
- La faute simple
Elle est un comportement fautif du salariĂ© pendant lâexercice de son contrat de travail. Elle ouvre droit au versement dâune indemnitĂ© de licenciement et Ă un prĂ©avis pour le salariĂ© qui en fait lâobjet.
Ă noter que le salariĂ© peut faire lâobjet dâune dispense de travail et continuer dâĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ© chaque mois jusquâĂ Ă©chĂ©ance de son prĂ©avis.
Dans ce cas, lâemployeur et le salariĂ© sont tous deux chargĂ©s de prouver lâexistence des faits et charges avancĂ©s.
- La faute grave
Elle affecte nĂ©gativement la poursuite de la collaboration, quâelle soit commise dans le cadre dâun contrat Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e, dâun contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e ou durant la pĂ©riode de prĂ©avis.
Câest dâailleurs le critĂšre Ă prendre en considĂ©ration lorsque lâemployeur Ă©voque le licenciement de son employĂ©.
En effet, il doit notamment Ă©valuer si le contrat de travail peut ĂȘtre poursuivi durant le prĂ©avis, compte tenu des faits reprochĂ©s.
Dans ce cas, seul lâemployeur doit ĂȘtre en mesure de prouver la rĂ©alitĂ© de la faute, son imputabilitĂ© et son degrĂ© de gravitĂ©.
- La faute lourde
Elle constitue un acte commis dĂ©libĂ©rĂ©ment par le salariĂ©, avec une intention de nuire Ă lâemployeur ou Ă son entreprise. Le licenciement pour faute lourde prive ainsi le salariĂ© de toute indemnitĂ© et le dispense de prĂ©avis, sa prĂ©sence Ă©tant rendue impossible dans lâentreprise[29].
Rappelons que le licenciement pour motif personnel ne trouve pas forcément
son fondement dans la commission dâune faute.
On parle alors de licenciement pour motif non-disciplinaire, ou pour comportement non-fautif. Il peut sâagir dâune inaptitude physique ou non du salariĂ© au poste attribuĂ© avec impossibilitĂ© de reclassement.
Dans ce cas, le salariĂ© licenciĂ© nâest pas visĂ© par une faute, et câest la mĂ©decine du travail qui acte son incapacitĂ© de travail.
- Le licenciement liĂ© Ă lâaptitude du travailleur
Lâaptitude dans ce cas dâespĂšce peut ĂȘtre entendue comme la capacitĂ© acquise et reconnue pour exercer un mĂ©tier.
Et se fondant sur la doctrine, qui voit dans lâaptitude en droit du travail, deux aspects, Ă savoir lâaspect physique et lâaspect professionnel[30], lâemployeur peut donc licencier un travailleur quâil juge inapte physiquement (constatĂ© mĂ©dicalement par un certificat mĂ©dical dĂ©livrĂ© par un mĂ©decin)[31] ou professionnellement, c’est-Ă -dire lâabsence des compĂ©tences ou des dispositions du travailleur Ă sâacquitter efficacement de sa tache.
Cependant, lorsquâil jamais Ă©tĂ© reprochĂ© au travailleur une inaptitude Ă remplir ses fonctions dans le passĂ© et quâau contraire lâemployeur lui a mĂȘme accordĂ© une gratification pour rĂ©compenser ses efforts fournis au cours dâune annĂ©e, le cas isolĂ© dâinaptitude dont il aurait fait preuve par la suite ne peut justifier son licenciement[32].
- Le licenciement collectif : motifs
Lorsquâune entreprise travers des moments de difficultĂ©s Ă©conomiques, elle peut licencier les salariĂ©s.
Cependant, avant tout licenciement, l’entreprise doit mettre en Ćuvre des mesures permettant d’Ă©viter le licenciement du salariĂ© (adaptation, reclassement, etc.)[33].
En fait, le licenciement pour motif Ă©conomique dâun salariĂ© ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et dâadaptation ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s et que le reclassement de lâintĂ©ressĂ© sur un emploi relevant de la mĂȘme catĂ©gorie que celui quâil occupe ou sur un emploi Ă©quivalent ne peut ĂȘtre rĂ©alisĂ© dans le cadre de lâentreprise ou, le cas Ă©chĂ©ant, dans les entreprises du groupe auxquelles lâentreprise appartient[34].
De ce fait, lâon comprend que le licenciement collectif a pour motif principal les difficultĂ©s financiĂšres dont lâentreprise ou lâemployeur fait face.
Ce licenciement collectif qui se fonde sur le besoin de fonctionnement de lâentreprise, autrement appelĂ© licenciement massif, nâest pas dĂ©fini par le Code du travail.
Cependant lâArrĂȘtĂ© sur dĂ©partemental du 19 septembre 1974 fixant les
modalitĂ©s dâapplication des articles 48 et 64 du Code du travail (licenciements massifs, licenciements fondĂ©s sur les nĂ©cessitĂ©s du fonctionnement et licenciements fondĂ©s sur des raisons Ă©conomiques), comme Ă©tant les licenciements opĂ©rĂ©s sur base des articles 62 et 78 du Code du travail, lorsquâils entrainent au cours dâun mois, le dĂ©part de lâentreprise dâau moins :
- 4 travailleurs pour un Ă©tablissement nâoccupant pas plus de 20 travailleurs ;
- 10 travailleurs pour un établissement occupant de 21 à 100 travailleurs ;
- 30 travailleurs pour un établissement occupant de 101 à 500 travailleurs ;
- 50 travailleurs pour un établissement occupant de 501 à 1.000 travailleurs ;
- 100 travailleurs pour un établissement occupant de 1.001 à 2.000 travailleurs ;
- 200 travailleurs pour un établissement occupant de 2.001 à 4.000 travailleurs ;
- 250 travailleurs pour un établissement occupant de 4.001 à 6.000 travailleurs ;
- 300 travailleurs pour un établissement occupant plus de 6.000 travailleurs[35].
Par ailleurs, lâarticle 78 de la loi du 25 octobre 2002 portant Code du travail interdit clairement le licenciement massif, sauf dĂ©rogations Ă©ventuelles dĂ©terminĂ©es par un arrĂȘtĂ© du ministre du travail et la prĂ©voyance sociale.
Aussi il nous faut noter que le Code du travail ne fait pas de distinction entre les raisons Ă©conomiques et les nĂ©cessitĂ©s du fonctionnement de lâentreprise.
Cependant, il ressort de lâarticle 62 du Code du travail que le licenciement peut rĂ©sulter dâun motif valable liĂ© Ă la conduite ou Ă lâaptitude du travailleur ou aux nĂ©cessitĂ©s de fonctionnement de lâentreprise ; tandis que lâarticle 78 prĂ©voit lâhypothĂšse du licenciement massif pour des raisons Ă©conomiques.
- En droit comparé (en droit allemand)
Le licenciement « KĂŒndigung » par une sociĂ©tĂ© allemande ou française dâun salariĂ© employĂ© en Allemagne nâest pas aussi strictement rĂšglementĂ© quâen France par exemple. Si lâentreprise nâemploie pas plus de dix salariĂ©s, elle peut mĂȘme licencier un salariĂ© librement sans indication de motif.
Pour les entreprises de plus de dix salariĂ©s la loi allemande sur la protection contre les licenciements sans motif rĂ©el « KĂŒndigungsschutzgesetz » sâapplique.
Cette loi prĂ©voit quâun motif de licenciement doit exister pour justifier un licenciement[36].
On retient donc que le droit du travail allemand organise les types de licenciement en se fondant sur les causes desdits licenciements, Ă savoir : les fautes graves tenant au comportement du travailleur et en raison dâune diminution de la capacitĂ© Ă travailler du salariĂ©, qui donnent lieu Ă un licenciement ordinaire, avec effet immĂ©diat ou encore le licenciement de reclassement.
Ainsi, on remarque que les causes de licenciement en droit du travail allemand sont connexes Ă celles en droit du travail congolais ; mĂȘme si les consĂ©quences ne sont pas les mĂȘmes.
Section 2 : Analyse explicative du licenciement
Au sens de la convention sur le licenciement 1982 de l’Organisation internationale du travail, le licenciement est une cessation de la relation de travail sur l’initiative de l’employeur[37].
Autrement dit, le licenciement constitue la dĂ©cision unilatĂ©rale par laquelle lâemployeur met fin au contrat qui lie au travailleur[38].
Comme on lâavait dĂ©jĂ Ă©voquĂ©, le licenciement est bien rĂ©glementĂ© en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo mĂȘme sâil pose la question dans notre Ă©tude sur lâexistence dâune procĂ©dure juridique et lĂ©gale quant Ă ce.
Et cela revient donc Ă dire quâil existe tant dans lâarsenal juridique congolais, quâailleurs, une rĂ©glementation stricte de cette matiĂšre.
Raison pour laquelle cette section portera sur lâanalyse du cadre lĂ©gal du licenciement en droit congolais (§1) et du cadre lĂ©gal et institutionnel en droit allemand (§2).
§1. Cadre légale et institutionnel du licenciement en droit congolais
Le lĂ©gislateur congolais ne sâest pas limitĂ© Ă prĂ©voir une rĂ©glementation juridique du licenciement, mais a par ailleurs prĂ©vue quelques institutions intervenant ainsi pour contrĂŽler la rĂ©gularitĂ© du licenciement.
Ce faisant, il nous faut passer en revue Ă ce stade, le cadre juridique du licenciement en droit congolais (A), avant dâaborder le cadre institutionnel du licenciement tel que prĂ©vu par la loi et leurs modalitĂ©s dâintervention en cas de licenciement (B).
- Cadre légal
La rĂ©glementation du travail en gĂ©nĂ©ral et de licenciement en particulier date de 1967, annĂ©e de la prise de lâOrdonnance-loi 67-310 du 9 aoĂ»t 1967 portant Code du travail. Apres cette pĂ©riode, plusieurs rĂšglements sâen sont suivis pour matĂ©rialiser certaines dispositions de ladite ordonnance.
Câest dans cette optique que ce point sâĂ©vertuera Ă retracer lâĂ©volution de la rĂ©glementation du licenciement selon la pĂ©riode dâavant 2002, date de la promulgation du code du travail en vigueur (1) et la pĂ©riode dâaprĂšs 2002 jusquâĂ nos jours (2).
- Licenciement avant 2002
Dans ce paragraphe, nous allons analyser essentiellement le contenu de lâOrdonnance-loi 67-310 du 9 aoĂ»t 1967 portant Code du travail en ce qui concerne son aspect de la rĂ©glementation du licenciement (a), ainsi que le contenu de lâArrĂȘtĂ© MinistĂ©riel n° 69/0024 sur les modalitĂ©s de dĂ©claration de lâembauchage et du dĂ©part dâun travailleur, pour ce qui est du licenciement (b), lâArrĂȘtĂ© ministĂ©riel n° 018/90 du 1er septembre 1990portant LevĂ©e de la mesure de suspension provisoire octroi dâautorisation de licenciements des travailleurs (c) et lâArrĂȘtĂ© ministĂ©riel n° 036/95 du 21 juin 1995portant Recours judiciaire contre la dĂ©cision de lâinspecteur du travail en cas de licenciement ou de mutation dâun dĂ©lĂ©guĂ© titulaire ou supplĂ©ant (d).
- LâOrdonnance-loi 67-310 du 9 aoĂ»t 1967 portant Code du travail
Ce texte juridique constituait la b ase de droit du travail avant 2002. Il organisait tout sur le droit du travail, entre autre les modalités de la formation du contrat de travail, de son exécution, de sa suspension et de sa résiliation.
Contrairement au Code du travail en vigueur, qui regorge en son sein tant les rĂšgles sur le contrat du travail, sur la rĂ©solution des litiges que sur la sĂ©curitĂ© sociale, cette Ordonnance-loi se penchait sur lâorganisation du travail sous son aspect rapports individuel du travail.
Elle Ă©tait donc complĂ©tĂ© par dâautres instruments juridiques, notamment lâArrĂȘtĂ© ministĂ©riel n° 3/68 du 9 janvier 1968 sur les Droits et obligations des employeurs et des travailleurs parties Ă un conflit collectif du travail, lâArrĂȘtĂ© ministĂ©riel n°036/95 du 21 juin 1995portant Recours judiciaire contre la dĂ©cision de lâinspecteur du travail en cas de licenciement ou de mutation dâun dĂ©lĂ©guĂ© titulaire ou supplĂ©ant, le DĂ©cret-loi organique du 29 juin 1961sur la sĂ©curitĂ© sociale, etc.[39]
- Contenu de lâArrĂȘtĂ© MinistĂ©riel n° 69/0024 sur les modalitĂ©s de dĂ©claration de lâembauchage et du dĂ©part dâun travailleur[40]
Comme lâindique son intitulĂ©, cet arrĂȘtĂ© a Ă©tĂ© pris par le ministre ayant dans ses attributions le travail et la prĂ©voyance sociale dans le but de contrĂŽler les mouvements dâembauchage et du dĂ©part des travailleurs, peu importe le mode dudit dĂ©part (dĂ©mission, licenciement, etc.).
En effet, aux termes de ce texte rĂ©glementaire, et pour ce qui nous concerne, il est prĂ©vu que tout licenciement quelque cause que ce soit doit faire lâobjet dâune dĂ©claration Ă©tablie dans les 48 heures par lâemployeur[41].
Cette obligation avait pour objectif dâune part, pour lâEtat, de dĂ©courager le licenciement abusif dans la mesure oĂč lâemployeur devrait rĂ©diger quatre exemplaires dont un de ces exemplaires datĂ©s et signĂ©s doit ĂȘtre adressĂ© ou dĂ©posĂ©
sous pli fermĂ© Ă lâinspection du travail gĂ©ographiquement compĂ©tente et dans les mĂȘmes conditions, deux de ces exemplaires doivent ĂȘtre adressĂ©s au responsable provincial de lâemploi. Le quatriĂšme exemplaire est conservĂ© par le dĂ©clarant pour ĂȘtre prĂ©sentĂ©, sur demande, aux Inspecteurs et contrĂŽleurs du travail en cas de contrĂŽle[42].
Dâautre part, cette modalitĂ© du dĂ©pĂŽt dâun des exemplaires au responsable provincial dâemploi avait pour mobile selon nous de lâidentification des chalumeurs pour adopter une politique dâemploi consĂ©quente.
Cette obligation, dans le cadre du Code du travail en vigueur, est prĂ©vue Ă lâarticle 217 du Code de travail.
- Contenu de lâArrĂȘtĂ© ministĂ©riel n° 018/90 du 1er septembre 1990 portant LevĂ©e de la mesure de suspension provisoire octroi dâautorisation de licenciements des travailleurs[43]
Cet acte rĂ©glementaire avait pour but de suspendre lâoctroi dâautorisation de licenciement des travailleurs prise en date du 22 fĂ©vrier 1990 par lâarrĂȘtĂ© du 22 fĂ©vrier 1990 qui est abrogĂ©.
Cette autorisation concerne le licenciement des délégués titulaires ou suppléants
envisagĂ© par lâemployeur ainsi que toute mutation faisant perdre la qualitĂ© de dĂ©lĂ©guĂ© qui devrait ĂȘtre soumis Ă la condition suspensive de leur approbation par lâinspecteur du travail du ressort.
- Contenu de lâArrĂȘtĂ© ministĂ©riel n° 036/95 du 21 juin 1995 portant Recours judiciaire contre la dĂ©cision de lâinspecteur du travail en cas de licenciement ou de mutation dâun dĂ©lĂ©guĂ© titulaire ou supplĂ©ant[44]
Cet instrument est la consĂ©quence de la levĂ©e de la suspension sur lâautorisation de licenciement des travailleurs que nous venons dâanalyser prĂ©cĂ©demment.
En effet, selon les termes de cet instrument, pour toute dĂ©cision sur la demande dâautorisation de licenciement ou de mutation dâun dĂ©lĂ©guĂ© titulaire ou supplĂ©ant,
sous peine de nullitĂ©, lâinspecteur du travail du ressort procĂšde au prĂ©alable Ă une enquĂȘte contradictoire ; les parties sont entendues et, en cas de besoin, assistĂ©es dâun reprĂ©sentant de leurs organisations professionnelles, dâun travailleur appartenant Ă la mĂȘme branche dâactivitĂ© Ă©conomique ou dâun avocat[45].
Cet instrument du ministĂšre du travail et de la prĂ©voyance sociale donne redonne la possibilitĂ© au dĂ©lĂ©guĂ© principal ou de son supplĂ©ant licenciĂ© ou mutĂ©, aprĂšs recours hiĂ©rarchique, de saisir la cour dâappel de son ressort pour un recours judicaire[46].
- Licenciement aprĂšs 2002
A partir de 2002 avec la promulgation de la loi du 25 octobre 2002 portant Code du travail, le licenciement est organisĂ© selon quâil sâagit de licenciement individuel (a) et de licenciement collectif ou Ă©conomique (b).
- Cadre juridique du licenciement individuel depuis 2002
Le fondement du licenciement individuel est lâarticle 62 du Code du travail qui prĂ©voit deux types, Ă savoir le licenciement fondĂ© sur l’aptitude du travailleur, autrement dit, sur son incompĂ©tence au travail et le licenciement liĂ© Ă la conduite du travailleur sur les lieux de travail dans l’exercice de ses fonctions, qui peut rĂ©sulter dâune faute lĂ©gĂšre, grave et lourde.
Pour ce qui est de la procédure du licenciement individuel, il fera objet de notre analyse dans le second chapitre.
- Cadre juridique du licenciement collectif depuis 2002
Depuis 2002, le licenciement est organisĂ© par rapport aux nĂ©cessitĂ©s de fonctionnement de lâentreprise et pour des motifs Ă©conomiques.
- Contenu de lâarticle 62 de la loi du 25 octobre 2002 portant Code du travail
Aux termes de cette disposition, le lĂ©gislateur congolais de 2002 a prĂ©vu que le contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e ne peut ĂȘtre rĂ©siliĂ© Ă l’initiative de l’employeur que pour un motif valable liĂ© Ă l’aptitude ou Ă la conduite du travailleur sur les lieux de travail dans l’exercice de ses fonctions ou fondĂ© sur les nĂ©cessitĂ©s du fonctionnement de l’entreprise, de l’Ă©tablissement ou du service.
Cette disposition constitue le fondement mĂȘme du licenciement fondĂ© sur les nĂ©cessitĂ©s du fonctionnement de lâentreprise.
Cependant, la rĂ©gularitĂ© de ce licenciement, car toute rĂ©organisation dâentreprise nâest pas de nature Ă constituer un motif Ă©conomique de licenciement.
Initialement, la Cour de cassation française exigeait quâelle soit dĂ©cidĂ©e dans « lâintĂ©rĂȘt de lâentreprise »[47], elle a ensuite retenu le critĂšre plus restrictif de « la sauvegarde de la compĂ©titivitĂ© » de lâentreprise.
Ainsi, la seule prise en compte de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral de lâentreprise sans lien avec la
sauvegarde de sa compétitivité ne sera pas suffisant pour justifier un licenciement économique[48].
De ce qui prĂ©cĂšde, on peut retenir que la rĂ©organisation de lâentreprise basĂ©e sur la sauvegarde de la compĂ©titivitĂ© constitue un motif Ă©conomique de licenciement lorsquâelle est mise en Ćuvre pour prĂ©venir des difficultĂ©s Ă©conomiques Ă venir et leurs consĂ©quences sur lâemploi.
Cette disposition consacre aussi le licenciement fondĂ© sur l’aptitude ou Ă la conduite du travailleur sur les lieux de travail dans l’exercice de ses fonctions.
- Contenu de lâarticle 78 de la loi du 25 octobre 2002 portant Code du travail
Cette disposition prévoit la possibilité pour le ministre ayant le travail et la prévoyance sociale dans ses attributions de rendre possible le licenciement économique, qui en principe est interdit.
Ces difficultés économiques peuvent avoir pour causes notamment :
- La conjoncture ;
- La mutation technologique ;
- La rĂ©organisation de lâentreprise pour sauvegarder sa compĂ©titivitĂ© telle que prĂ©vue Ă lâ62 du Code du travail ;
- La cessation dâactivitĂ© des activitĂ©s de lâentreprise.
- Cadre institutionnel
Sur le plan institutionnel, le droit congolais prévoit trois institutions principales pouvant intervenir et procéder au contrÎle de la régularité du licenciement.
En effet, il est de principe quâen cas de licenciement sans motif valable, le travail a droit dâĂȘtre rĂ©intĂ©grer. On sous-entend Ă ce stade lâintervention dâune institution, Ă savoir lâinspection du travail (1).
Cependant le droit congolais prĂ©voit quâĂ dĂ©faut de la rĂ©intĂ©gration du travailleur victime dâun licenciement abusif, une autre institution intervienne, Ă savoir le Tribunal du travail (2) pour fixer les dommages-intĂ©rĂȘts que lâemployeur devra payer Ă son travailleur comme indemnitĂ© pour rupture abusive.
A cĂŽtĂ© de ce licenciement individuel, se trouve le licenciement collectif ou pour motif Ă©conomique qui, outre sa rĂ©glementation par le Code du travail, lâest dâavantage par la rĂ©glementation du Ministre ayant dans ses attributions le travail et prĂ©voyance sociale (3).
- Lâinspection du travail[49]
De prime Ă bord, lâinspection du Travail a pour mission de :
- assurer l’application des dispositions lĂ©gales relatives aux conditions de travail et Ă la protection des travailleurs dans l’exercice de leur profession, telles que les dispositions relatives Ă la durĂ©e du travail, aux salaires, Ă la sĂ©curitĂ©, Ă l’hygiĂšne et au bien-ĂȘtre, Ă l’emploi des femmes, des enfants et des personnes avec handicap, aux conflits collectifs, aux litiges individuels du travail, Ă l’application des conventions collectives, Ă la reprĂ©sentation du personnel et d’autres matiĂšres connexes ;
- fournir des informations et des conseils techniques aux employeurs et aux travailleurs sur les moyens les plus efficaces d’observer les dispositions lĂ©gales ;
- donner des avis sur les questions relatives Ă l’Ă©tablissement ou Ă la modification des installations d’entreprises et d’organismes soumis Ă une autorisation administrative ; et
- porter Ă l’attention de l’autoritĂ© compĂ©tente les dĂ©ficiences ou les abus que rĂ©vĂ©lerait l’application des dispositions lĂ©gales et qui ne sont pas couverts par celles-ci[50].
- Les Tribunaux du Travail
Ces juridictions spĂ©cialisĂ©es, mais sous lâautoritĂ© de la Cour de cassation, coiffant ainsi toutes les juridictions dâordre judiciaire, ont Ă©tĂ© créées par la loi n°016-2002 du 16 octobre 2002 portant crĂ©ation, organisation et fonctionnement des tribunaux du travail.
Elles connaissent des litiges individuels survenus entre le travailleur et son employeur dans ou Ă lâoccasion du contrat de travail, des conventions collectives ou de la lĂ©gislation et de la rĂ©glementation du travail et de la prĂ©voyance sociale[51].
Pour ce qui concerne leur saisine, il nous faut mentionner que les litiges individuels de travail ne sont recevables devant les Tribunaux du travail que sâils ont Ă©tĂ© prĂ©alablement soumis Ă la procĂ©dure de conciliation Ă lâinitiative de lâune des parties devant lâInspecteur du travail du ressort[52].
Tandis que les conflits collectifs de travail ne sont recevables devant les Tribunaux du travail que sâils nâont Ă©tĂ© prĂ©alablement soumis Ă la procĂ©dure de conciliation et Ă la procĂ©dure de mĂ©diation prĂ©vue par le Code du travail[53].
§2. Cadre légal et institutionnel du licenciement en droit comparé (droit allemand)
DâentrĂ©e de jeu, en droit allemand du travail, la fin des relations de travail sur lâinitiative de lâune ou de lâautre partie, est rĂ©gie par le Code civil allemand.
La protection du travailleur contre le licenciement est garantie par plusieurs lois du travail, selon la nature du licenciement[54].
Le droit du travail allemand Ă©tablit une distinction entre le licenciement sans prĂ©avis du licenciement avec prĂ©avis. Certaines lois protĂšgent contre les deux formes de licenciement mais ne sâappliquent quâĂ des groupes particuliers de travailleurs[55].
[1] J. MASANGA PHOBA MVIOKI, Droit congolais du travail, Paris, LâHarmattan, 2015, p. 157.
[2] J. MASANGA PHOBA MVIOKI, Idem.
[3] MANGWAYA BUKUKU, « Lâobligation de motif valable et de prĂ©avis dans la rĂ©siliation du contrat de travail », in Congo-Afrique, N°58, Kinshasa, p. 463.
[4] Gh. JAGENEAU, Bref aperçu du Droit congolais du travail, Likasi, Editions SHALAMO, 2001, p. 16.
[5] J-M. KUMBU ki NGIMBI, Op.cit., p. 24.
[6] Article 321, point 1 du Code du travail français de 1989.
[7] M. NZANGI BATUTU, Droit de la rupture du contrat de travail : principes, motifs, procédures et sanctions, Kinshasa, CDPS, 2017, Avant propos.
[8]https://www.partena-professional.be/fr/knowledge-center/infoflaches/importance-du-motif-de-licenciement-pour-lemployeur-et-le-travailleur Consulté le 07 mai 2019, à 11h25.
[9] Gh. JAGENEAU, Op.cit., p. 16.
[10] Cfr contenu du lien : https://www.frontaliers-grandest.eu/fr/salaries/france-allemagne/droit-du-travail-1/la-rupture-du-contrat-de-travail.1 consulté le 07/05/2019 à 12h25.
[11] Il nâexiste pour ce cas que trois types de motifs, Ă savoir : les motifs tenant aux comportements, les motifs tenant Ă lâaptitude du salariĂ© Ă travailler, et les motifs tenant aux rĂ©sultats de lâentreprise.
[12] Entre autres les fautes graves tenant au comportement du travailleur et en raison dâune diminution de la capacitĂ© Ă travailler du salariĂ©
[13] En fait le travail peut soit : accepter sans condition le nouvel emploi ou la modification du contrat de travail proposĂ© par lâemployeur ; et dans ce cas, la relation de travail se poursuit dans les nouvelles conditions acceptĂ©es par le salariĂ© ; Il peut aussi accepter le nouveau contrat Ă condition que le Tribunal du travail considĂ©rer que cette proposition patronale soit justifiĂ©e ; et dans ce deuxiĂšme cas, lâissue dĂ©pend de la dĂ©cision du Tribunal ; enfin, il peut refuser lâoffre patronale ; ce qui conduit Ă un licenciement.
[14] Article 63 alinéas 2 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[15] Convention GenĂšve du 02 juin 1982 sur la cessation de la relation de travail sur l’initiative de l’employeur, entrĂ©e en vigueur en 1985.
[16] J. MASANGA PHOBA MVIOKI, Op.cit., p. 170.
[17] A. ILOKI, Le droit du licenciement au Congo, Paris, L’Harmattan, 1Ăšre Ă©dition, 2000, Avant-propos.
[18] D. GRANDGUILLOT, Droit du travail et de la sécurité sociale, Paris, 6Úme édition, GUALINO, 2003, p. 87.
[19] J. MASANGA PHOBA MVIOKI, Op.cit., p. 168.
[20] J-M. KUMBU ki NGIMBI, Op.cit., p. 49.
[21] S. GUINCHARD et T. DEBARD, Op.cit., p. 396.
[22] J-M. KUMBU ki NGIMBI, Op.cit., p. 24.
[23] « Tout contrat de travail peut ĂȘtre rĂ©siliĂ© immĂ©diatement sans prĂ©avis, pour faute lourde ». Article 72 alinĂ©as premier.
[24] Article 70 alinéas 2 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[25] J. MASANGA PHOBA MVIOKI, Op.cit., p. 170.
[26] Ces actes positifs et ou nĂ©gatifs (abstentions volontaires) doivent constituer des manquements au devoir, Ă la morale, au contrat, Ă la loi et dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, doivent constituer des fautes de conduite pour ĂȘtre retenus comme motif de licenciement.
[27] J. MASANGA PHOBA MVIOKI, Op.cit., p. 170.
[28] LUWENYEMA LULE, Précis de droit du travail zaïrois, Kinshasa, éd. LULE, 1989, p. 414.
[29] Article 72 alinéas 1er de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[30] LUWENYEMA LULE, Op.cit., p. 418.
[31] Article 38 alinéas 3 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[32] MUKA DI BONYI, Litige individuel du travail, Kinshasa, Chroniques de jurisprudence (1980-1995), Collection informations juridiques, 1997, p. 57.
[33] Gh. JAGENEAU, Op.cit., p. 20.
[34] D. GRANDGUILLOT, Op.cit., p. 96.
[35] Article 1er de lâArrĂȘtĂ© dĂ©partemental n° 11/74 du 19 septembre 1974 fixant les modalitĂ©s dâapplication des articles 48 et 64 du Code du travail (licenciements massifs, licenciements fondĂ©s sur les nĂ©cessitĂ©s du fonctionnement et licenciements fondĂ©s sur des raisons Ă©conomiques), in Les Codes larcier de la RDC, Tome IV, droit du travail et de la sĂ©curitĂ© sociale, p. 91.
[36] ULRICH MARTIN, « le licenciement dâun salariĂ© en Allemagne » in Epp & kĂŒhl, Strasbourg, 2012, p. 2.
[37] Convention GenĂšve du 02 juin 1982 sur la cessation de la relation de travail sur l’initiative de l’employeur, entrĂ©e en vigueur en 1985.
[38] J. MASANGA PHOBA MVIOKI, Op.cit., p. 170.
[39] Cfr Les Codes Larcier, Tome IV : Droit du travail et de la sécurité sociale, table des matiÚres.
[40] Les Codes Larcier, Tome IV : Droit du travail et de la sécurité sociale, p. 45.
[41] Article 1er alinĂ©as 2 de lâArrĂȘtĂ© MinistĂ©riel n° 69/0024 sur les modalitĂ©s de dĂ©claration de lâembauchage et du dĂ©part dâun travailleur, in Les Codes larcier de la RDC, Tome IV, droit du travail et de la sĂ©curitĂ© sociale, p. 45.
[42] Article 2, de lâArrĂȘtĂ© MinistĂ©riel n° 69/0024 sur les modalitĂ©s de dĂ©claration de lâembauchage et du dĂ©part dâun travailleur, in Les Codes larcier de la RDC, Tome IV, droit du travail et de la sĂ©curitĂ© sociale, p. 45.
[43] Les Codes Larcier, Tome IV : Droit du travail et de la sécurité sociale, p. 92.
[44] Les Codes Larcier, Tome IV : Droit du travail et de la sécurité sociale, p. 110.
[45] Article 1er de lâ lâArrĂȘtĂ© ministĂ©riel n° 036/95 du 21 juin 1995portant Recours judiciaire contre la dĂ©cision de lâinspecteur du travail en cas de licenciement ou de mutation dâun dĂ©lĂ©guĂ© titulaire ou supplĂ©ant, in Les Codes Larcier, Tome IV : Droit du travail et de la sĂ©curitĂ© sociale, p. 110.
[46] Article 7, Idem.
[47] Cass. Soc. 1er avril 1992, n° 90-44697, trouvé sur http://www.rupture-pour-motif-de-reorganisation-entreprise-097 le 09 mars 2019 à 7h11
[48] Idem.
[49] Cfr contenu de lâOrdonnance n° 14/080 du 08 dĂ©cembre 2014 portant rĂšglement dâadministration relatif au personnel de lâinspection gĂ©nĂ©rale du travail, IGT en sigle.
[50] Article 187 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[51] Article 15 de la Loi n°016-2002 du 16 octobre 2002 portant création, organisation et fonctionnement des tribunaux du travail.
[52] Article 24, Idem.
[53] Article 27, Ibidem.
[54] Il peut sâagir du licenciement ordinaire, du licenciement avec effet immĂ©diat ou du licenciement par reclassement.
[55] ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL, « PrĂ©sentation du droit du travail de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale dâAllemagne », in www.ilo.org consultĂ© le 07/05/2019 Ă 15h00.
CHAPITRE 2 : LA PROCEDURE DU LICENCIEMENT EN DROIT CONGOLAIS DU TRAVAIL : INSUFFISANCES ET CORRECTIFS
Comme nous lâavions dĂ©montrĂ© dans le premier chapitre, la rupture du contrat de travail peut sâinscrire dans des contextes trĂšs variĂ©s, Ă lâinitiative de lâemployeur, du salariĂ©, voire des deux parties.
En fait, diffĂ©rents rĂ©gimes ont Ă©tĂ© imaginĂ©s par le lĂ©gislateur congolais afin dâencadrer les pratiques, instaurer des garanties (de fond et de forme) et des protections pour chacun (si les parties ne sont pas Ă©gales dans la relation de travail, le contrat oblige bien Ă des obligations rĂ©ciproques et chacun engage sa responsabilitĂ© dans son exĂ©cution et ses suites)[1].
Concernant notre sujet qui porte sur la procĂ©dure du licenciement, nous aborderons dans ce second chapitre la procĂ©dure du licenciement selon le droit positif congolais (Section 1), et chuterons avec lâanalyse critique de cette procĂ©dure ; tout en proposant quelques correctifs quant Ă ce (Section 2).
Section 1 : Procédure du licenciement en droit positif congolais
Comme nous lâavion dĂ©montrĂ© dans le premier chapitre, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale le licenciement est une rĂ©siliation du contrat de travail Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e par lâemployeur.
En fait, pour licencier, lâemployeur doit observer une procĂ©dure et il nâa le droit de le faire que pour une cause rĂ©elle et sĂ©rieuse[2].
Par ailleurs, la procĂ©dure de licenciement varie, suivant quâil sâagit dâun licenciement pour motif personnel, autrement dit, pour des motifs inhĂ©rents Ă la personne du salariĂ© (§1) ou dâun licenciement pour motif Ă©conomique (§2).
§1. Procédure du licenciement individuel
Ce licenciement Ă©tant dâun seul salariĂ© par opposition au licenciement collectif, il ressort de la lecture de lâarticle 72 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiĂ©e et complĂ©tĂ©e par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016 que le licenciement individuel nĂ©cessite le respect dâune procĂ©dure qui se dĂ©compose en trois Ă©tapes, Ă savoir : la notification au travailleur de lâintention du licenciement de la part de lâemployeur (A), lâaudition du salariĂ© (B) et la notification du licenciement (C), qui est souvent suivi du paiement de lâindemnitĂ© de la rĂ©siliation en cas dâincapacitĂ© professionnelle (D), outre la procĂ©dure spĂ©ciale tenant Ă la qualitĂ© de salariĂ© protĂ©gĂ© et le reprĂ©sentants du personnel (E).
- La notification au travailleur de lâintention du licenciement
Cette Ă©tape nâest possible quâen cas de faute lourde commise par le salariĂ© ; elle est prĂ©vue Ă lâarticle 72 qui prĂ©voit que « pour besoin d’enquĂȘte, l’employeur a la facultĂ© de notifier au travailleur, dans les deux jours ouvrables aprĂšs avoir eu connaissance des faits, la suspension de ses fonctions »[3].
Le lĂ©gislateur congolais poursuit en prĂ©cisant que « l’Ă©crit peut ĂȘtre soit adressĂ© par lettre recommandĂ©e Ă la poste, soit ĂȘtre remis Ă l’intĂ©ressĂ© contre accusĂ© de rĂ©ception ou, en cas de refus, en prĂ©sence de deux tĂ©moins lettrĂ©s »[4].
Il sied de noter que ce formalisme sâimpose et ne peut pas ĂȘtre suppléé, il est le moyen lĂ©gal de prĂ©venir toute contestation sur la date de notification du licenciement[5].
Dans la pratique, quelques mentions figurent dâune maniĂšre ou dâune autre dans cette notification pour la rendre plus claire, entre autres :
- Lâobjet de la notification dans la mesure oĂč le salariĂ© doit ĂȘtre informĂ© que lâemployeur envisage son licenciement, câest une mention substantielle qui conditionne la validitĂ© de la procĂ©dure toute entiĂšre ;
- La date, l’heure et le lieu de lâaudition qui sâen suivra ;
- Le rappel que le salariĂ© peut se faire assister pour cet entretien par une personne de son choix appartenant au personnel de l’entreprise ou, en l’absence d’institutions reprĂ©sentatives dans l’entreprise, par un conseiller du salariĂ©[6].
- Lâaudition du salariĂ©
Cette Ă©tape est celle qui doit suivre la notification logiquement. Il sied de noter que cette Ă©tape nâest pas expressĂ©ment prĂ©vue par le code du travail, m ais constitue une Ă©tape logique dans la mesure oĂč le salariĂ© accusĂ© de faute lourde aura tendance Ă se dĂ©fendre et Ă sâexpliquer avant que lâemployeur ne matĂ©rialise sa dĂ©cision de licenciement du salariĂ© mis en cause.
Quoi quâil en soit, dans la pratique doit respecter le dĂ©lai de quinze jours qui commence Ă courir Ă partir de la rĂ©ception de la notification du licenciement par le salariĂ©.
En dâautres termes, cette Ă©tape doit intervenir dans les quinze jours, faute de quoi la procĂ©dure serait irrĂ©guliĂšre.
En droit du travail allemand, le salariĂ© est gĂ©nĂ©ralement convoquĂ© pendant ses heures de travail, il est aussi admis que lâentretien soit tenu en dehors du temps de travail, notamment pour les salariĂ©s ayant des horaires spĂ©cifiques ; en ce cas, il est nĂ©cessaire de payer au salariĂ© le temps passĂ© Ă lâentretien comme temps de travail effectif et de lâindemniser du prĂ©judice subi[7].
Lâentretien se dĂ©roule en principe au siĂšge social de lâentreprise ou lĂ oĂč sâexĂ©cute normalement le travail ; lâemployeur peut organiser celui-ci en un autre lieu mais il devra pouvoir justifier de la lĂ©gitimitĂ© de son choix et rembourser au salariĂ© les frais de dĂ©placement Ă©ventuellement exposĂ©s[8].
Ces pratiques sont des fois observĂ©es en droit congolais du travail dans la pratique, mais contrairement au droit allemand, elles ne sont pas prĂ©vues par la loi, mais sont fruits dâusage.
- La notification du licenciement
Cette Ă©tape nâest possible que si lâemployeur est restĂ© sur sa position suite Ă lâaudition prĂ©alable du salariĂ© et dĂ©cide de le licencier, et dans cette hypothĂšse il a lâobligation de le notifier au salariĂ© par lettre recommandĂ©e avec avis de rĂ©ception[9] ; car un licenciement ne peut en aucun cas ĂȘtre signifiĂ© verbalement, il serait dĂšs lors irrĂ©gulier et privĂ© de cause rĂ©elle et sĂ©rieuse.
Cette lettre doit indiquer clairement le ou les motifs de la rupture, la dĂ©cision de lâemployeur est motivĂ©e : il sâagit dâune obligation fondamentale car la lettre de licenciement fixe les limites du litige Ă©ventuel[10].
En droit allemand, lâabsence de motif ou en prĂ©sence de motifs imprĂ©cis (ou motif totalement subjectif) le licenciement est rĂ©putĂ© sans cause rĂ©elle et sĂ©rieuse. Ainsi les motifs doivent ĂȘtre Ă©noncĂ©s clairement, prĂ©cisĂ©ment, de maniĂšre objective et
vérifiable[11].
Nous retenons aussi que la date de notification du licenciement marque le point de dĂ©part de la pĂ©riode de prĂ©avis qui, la durĂ©e et les conditions sont fixĂ©es par ArrĂȘtĂ© du Ministre ayant le Travail et la PrĂ©voyance Sociale dans ses attributions, pris aprĂšs avis du Conseil National du Travail, Ă dĂ©faut dâune Convention collective prĂ©voyant des conditions plus avantageuses[12].
- LâindemnitĂ© de la rĂ©siliation
Cette Ă©tape exceptionnelle nâest possible quâau cas oĂč le salariĂ© licenciĂ© lâest Ă la suite dâune maladie, qui a perdurĂ© plus de six mois de suspension du contrat.
En effet, le lĂ©gislateur congolais exclut dâabord la maladie du salariĂ© des causes de la rĂ©siliation du contrat dans le but de le protĂ©ger ; ensuite, il prĂ©serve aussi les intĂ©rĂȘts de lâemployeur qui peut ĂȘtre prĂ©judiciĂ© avec cette maladie au cas oĂč elle perdure.
Câest dans ce cadre quâil prĂ©voit « quâil ne peut ĂȘtre mis fin Ă un contrat pendant qu’il est suspendu, sous les rĂ©serves du cas de maladie ou d’accident, hormis le cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, l’employeur peut notifier au travailleur la rĂ©siliation du contrat aprĂšs six mois ininterrompus d’incapacitĂ© d’exĂ©cuter celui-ci.
Le contrat prend fin le lendemain de la notification de la rĂ©siliation. Dans ce cas, l’employeur est tenu au paiement d’une indemnitĂ© de rĂ©siliation correspondant au prĂ©avis dĂ» en cas de contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e »[13].
Outre cette indemnitĂ© spĂ©cifique pour les maladies entrainant la rĂ©siliation du contrat de travail, lâemployeur doit en principe verser diverses indemnitĂ©s au salariĂ© en cas de licenciement (cela est valable pour tous types de licenciement : individuel et Ă©conomique).
Il sâagit de :
- LâindemnitĂ© compensatrice de prĂ©avis si les conditions requises sont remplies[14] ;
- LâindemnitĂ© compensatrice de congĂ©s payĂ©s si le salariĂ© nâa pas soldĂ© la totalitĂ© de ses droits[15] ;
- LâindemnitĂ© de licenciement qui peut ĂȘtre lĂ©gale, conventionnelle ou contractuelle (la plus favorable au salariĂ© Ă©tant prĂ©fĂ©rĂ©e)[16].
Par ailleurs, le motif du licenciement peut toutefois remettre en cause le versement de certaines indemnitĂ©s, câest le cas du licenciement pour faute grave ou lourde.
- Procédure spéciale tenant à la qualité de salarié protégé/ représentants du personnel
De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, tout licenciement envisagĂ© par lâemployeur dâun reprĂ©sentant du personnel titulaire ou supplĂ©ant, dĂ©lĂ©guĂ© du personnel, membre du comitĂ© dâentreprise est obligatoirement soumis Ă la procĂ©dure spĂ©ciale posĂ©e par les articles 258 de la loi sous examen ; peu importe la nature de son contrat de travail.
En fait, il ressort de la lecture de cette disposition que tout licenciement d’un dĂ©lĂ©guĂ© titulaire ou supplĂ©ant envisagĂ© par l’employeur ou son reprĂ©sentant ainsi que toute mutation faisant perdre la qualitĂ© de dĂ©lĂ©guĂ© sont soumis Ă la condition suspensive de leur approbation par l’Inspecteur du Travail du ressort.
En sus, la mesure prise ou envisagĂ©e par l’employeur doit ĂȘtre communiquĂ©e Ă l’Inspecteur du Travail par lettre au porteur ou lettre recommandĂ©e avec accusĂ© de rĂ©ception. L’Inspecteur du Travail doit notifier sa dĂ©cision dans le mois Ă partir de la rĂ©ception de la lettre de l’employeur.
La dĂ©cision de l’Inspecteur du Travail est susceptible d’un recours judiciaire dans les conditions fixĂ©es par l’arrĂȘtĂ© du Ministre ayant le Travail et la PrĂ©voyance Sociale dans ses attributions, pris aprĂšs avis du Conseil National du Travail.
Sauf faute lourde, la durĂ©e du prĂ©avis Ă observer en cas de licenciement d’un dĂ©lĂ©guĂ© titulaire ou supplĂ©ant est le double de la pĂ©riode applicable en vertu des dispositions de l’article 64 du prĂ©sent code, sans pouvoir ĂȘtre infĂ©rieure Ă trois mois[17].
Le rĂ©gime protecteur concerne bien sĂ»r le licenciement, mais Ă©galement toute rupture Ă lâinitiative de lâemployeur, ainsi que la rupture conventionnelle, la fin de CDD. Laprotection est applicable pendant toute la durĂ©e du mandat(sauf dispositions conventionnelles diffĂ©rentes) Ă compter du jour de proclamation des rĂ©sultats aux Ă©lections professionnelles.
Le droit du travail allemand va plus loin en prĂ©voyant que cette protection peut sâacquĂ©rir pour un salariĂ© demandeur dâorganisation des Ă©lections professionnelles : il sâagit dâune protection dâune durĂ©e de six mois Ă compter de lâenvoi Ă lâemployeur de la lettre recommandĂ©e rĂ©clamant lâorganisation des Ă©lections professionnelles.
Cela est Ă©galement le cas pour les candidats dĂ©clarĂ©s aux Ă©lections professionnelles : la protection vaut alors pendant six mois Ă compter de lâenvoi par lettre recommandĂ©e des listes de candidatures (soit postĂ©rieurement Ă la signature du protocole dâaccord prĂ©-Ă©lectoral)[18].
§2. Procédure du licenciement massif (économique)
Contrairement au motif individuel personnel, qui entraine au licenciement individuel, le motif Ă©conomique de licenciement, entrainant au licenciement massif fait lâobjet dâune interdiction lĂ©gale en principe ; et donc le licenciement Ă©conomique en droit congolais est une exception.
En effet, il est prĂ©vu que « sauf dĂ©rogations Ă©ventuelles qui seront dĂ©terminĂ©es par un arrĂȘtĂ© du Ministre ayant le Travail et la PrĂ©voyance Sociale dans ses attributions, les licenciements massifs sont interdits »[19].
Exceptionnellement, « l’employeur qui envisage de licencier un ou plusieurs membres de son personnel pour des raisons Ă©conomiques, notamment la diminution de l’activitĂ© de l’Ă©tablissement et la rĂ©organisation intĂ©rieure, doit respecter l’ordre des licenciements Ă©tabli en tenant compte de la qualification professionnelle, de l’anciennetĂ© dans l’Ă©tablissement et des charges de famille du travailleur »[20].
De ces prĂ©visions lĂ©gales, nous ressortons trois principales conditions pour que le licenciement Ă©conomique soit Ă©tabli, Ă savoir : dâabord cette rupture du contrat du travail ne doit pas avoir un lien avec la personne du salariĂ©.
Câest Ă dire que la dĂ©signation des salariĂ©s concernĂ©s par cette mesure du licenciement Ă©conomique doit rĂ©sulter de lâapplication de critĂšres dâordre lĂ©gaux ou conventionnels.
Ensuite, cette rupture du contrat de travail doit ĂȘtre fondĂ©e sur une cause Ă©conomique admise par la loi et aux conditions qui seront dĂ©finies par un arrĂȘtĂ© du Ministre ayant le Travail et la PrĂ©voyance Sociale dans ses attributions[21].
Enfin, cette rupture doit rĂ©sulter dâune cause ayant des effets directs sur lâemploi (suppression ou transformation) ou sur le contrat de travail (modification dâun Ă©lĂ©ment essentiel refusĂ© par le ou les intĂ©ressĂ©s).
A la lumiĂšre du droit allemand du travail et de lâarticle 78 du Code du travail congolais sous examen, il nous semble que quatre conditions peuvent ĂȘtre mises en exergue pour ce qui est du licenciement pour motifs Ă©conomiques, Ă savoir : les causes les difficultĂ©s Ă©conomiques liĂ©es Ă la conjoncture (A), lâĂ©volution technologique (B), la rĂ©organisation de lâentreprise pour sauvegarder sa compĂ©titivitĂ© (C) et la cessation dâactivitĂ© (D).
- Procédure du licenciement massif lié aux difficultés économiques liées à la conjoncture
Le code du travail congolais nâa pas dĂ©fini ce quâune difficultĂ© Ă©conomique. Le lĂ©gislateur sâest limitĂ© Ă lâĂ©voquer seulement comme la diminution de lâactivitĂ© Ă©conomique[22].
Cependant en comptabilitĂ© dâentreprise, on peut entendre par une difficultĂ© Ă©conomique :
- Une baisse de commande ;
- Une baisse du chiffre dâaffaires ;
- Des pertes dâexploitation ;
- Une dégradation de la trésorerie ;
- Une dĂ©gradation de lâexcĂ©dent brut dâexploitation[23].
En droit français et allemand, ces causes doivent aussi ĂȘtre « sĂ©rieuses », câest Ă dire que les difficultĂ©s devront de toute façon ĂȘtre suffisamment importantes et durables pour justifier la suppression dâun emploi ou la modification dâun contrat de travail[24].
Dans ce cas, la procĂ©dure veut que lâemployeur respecte l’ordre des licenciements Ă©tabli en tenant compte de la qualification professionnelle, de l’anciennetĂ© dans l’Ă©tablissement et des charges de famille du travailleur.
En vue de recueillir leurs suggestions, l’employeur doit informer par Ă©crit, au moins quinze jours Ă l’avance, les reprĂ©sentants des travailleurs dans l’entreprise, des mesures qu’il a l’intention de prendre.
Ce qui fait que seront licenciĂ©s en premier lieu, les travailleurs prĂ©sentant les moindres aptitudes professionnelles pour les emplois maintenus et, en cas d’Ă©galitĂ© d’aptitudes professionnelles, les travailleurs les moins anciens, l’anciennetĂ© Ă©tant majorĂ©e d’un an pour le travailleur mariĂ© et d’un an pour chaque enfant Ă charge[25].
Il sied de noter que ce licenciement a pour fondement le relĂšvement des activitĂ©s de lâentreprise.
Câest pourquoi un le salariĂ© licenciĂ© conserve pendant un an la prioritĂ© d’embauche dans la mĂȘme catĂ©gorie d’emploi[26] au cas oĂč lâentreprise parvenait Ă se relever Ă©conomiquement.
- Procédure du licenciement massif lié à la mutation technologique
En ce qui concerne la mutation technologique, lâarticle 78 ne fait nullement mention Ă la mutation technologique ; cependant, la doctrine estime que lâemployeur peut invoquer les mutations technologiques pour justifier un licenciement pour
motif Ă©conomique si ces derniĂšres sont susceptibles dâentraĂźner :
- une suppression ou une transformation dâemploi ;
- une modification dâun Ă©lĂ©ment essentiel de son contrat de travail refusĂ©e par le salariĂ©[27].
Dans ce cas, nous estimons que les salariĂ©s ne conservent pas forcĂ©ment la prioritĂ© dâemplois durant un an comme câĂ©tait le cas avec le licenciement liĂ© Ă la conjoncture dans la mesure oĂč dans ce cas, le salariĂ© est considĂ©rĂ© comme incompĂ©tent quant aux nouveaux outils de travail, rĂ©sultant de lâĂ©volution de la technologie[28].
Et donc le critĂšre de sĂ©lection des salariĂ©s concernĂ© par ce licenciement est logiquement liĂ© Ă leur connaissance et adaptation aux nouvelles technologies installĂ©es dans lâentreprise.
Cependant, nous estimons quâil nâest pas exclut le fait pour lâemployeur dâenvisager Ă la place de ce licenciement, la formation dâadaptation de ses salariĂ©s Ă cette mutation technologique.
- ProcĂ©dure du licenciement massif liĂ© Ă la rĂ©organisation de lâentreprise pour sauvegarder sa compĂ©titivitĂ©
Ce mode de licenciement nâexiste pas en droit positif congolais ; mais dans la pratique, lâon se rĂ©fĂšre au droit français qui lâa puisĂ© de sa jurisprudence ; cependant en droit français du travail, toute rĂ©organisation dâentreprise nâest pas de nature Ă constituer un motif Ă©conomique de licenciement.
Initialement, la Cour de cassation exigeait quâelle soit dĂ©cidĂ©e dans « lâintĂ©rĂȘt de lâentreprise »[29], elle a ensuite retenu le critĂšre plus restrictif de « la sauvegarde de la compĂ©titivité» de lâentreprise.
Ainsi, la seule prise en compte de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral de lâentreprise sans lien avec la sauvegarde de sa compĂ©titivitĂ© ne sera pas suffisant pour justifier un licenciement Ă©conomique[30].
De cette lecture jurisprudentielle française, il nous semble quâen rĂ©alitĂ©, la rĂ©organisation de lâentreprise basĂ©e sur la sauvegarde de la compĂ©titivitĂ© constitue un motif Ă©conomique de licenciement lorsquâelle est mise en Ćuvre pour prĂ©venir des difficultĂ©s Ă©conomiques Ă venir et leurs consĂ©quences sur lâemploi.
Câest pour cette raison que la jurisprudence française renchĂ©rit que le risque Ă©conomique sur la compĂ©titivitĂ© de lâentreprise est donc prĂ©visible (il nâest pas nĂ©cessaire quâil soit actuel), mais il doit ĂȘtre lui-mĂȘme rĂ©el et sĂ©rieux[31] (menace importante Ă plus ou moins court terme, un risque Ă©ventuel ne suffisant pas).
Ainsi, lâentreprise ne peut pas licencier pour cause de rĂ©organisation fondĂ©e sur la seule amĂ©lioration de sa rentabilitĂ© ou la volontĂ© de faire des Ă©conomies.
En cas de litige, les juges contrĂŽlent si la compĂ©titivitĂ© de lâentreprise Ă©tait menacĂ©e et apprĂ©cient si la rĂ©organisation opĂ©rĂ©e permettait de rĂ©pondre Ă cette menace (ils ne se prononcent pas sur les choix de gestion de lâemployeur, qui reste libre de choisir la solution la plus adaptĂ©e selon lui)[32].
- ProcĂ©dure du licenciement liĂ© Ă la cessation dâactivitĂ©
Il nâexiste pas de dĂ©finition gĂ©nĂ©rale de la cessation dâactivitĂ© mais il ressort des diffĂ©rentes conceptions comptables que celle-ci doit:
- Etre définitive ;
- Concerner lâentreprise elle-mĂȘme et non pas lâune de ses unitĂ©s seulement ;
- Ne pas avoir pour origine une faute de lâemployeur (du chef dâentreprise) (lĂ©gĂšretĂ© blĂąmable)[33].
En fait, la cessation dâactivitĂ© est un motif autonome et logique de licenciement Ă©conomique qui ne nĂ©cessite donc pas de prouver que des difficultĂ©s Ă©conomiques ou une sauvegarde de la compĂ©titivitĂ© sont Ă lâorigine de la fermeture de lâentreprise.
A cet effet, nous estimons que tant en droit congolais, que allemand, voire français, lorsque câest la fermeture dâune partie de lâentreprise qui est envisagĂ©e, lâemployeur doit fonder sa dĂ©cision sur un des autres motifs de licenciement Ă©conomique :
- difficultés économiques ;
- mutations technologiques ;
- nĂ©cessitĂ© de sauvegarder la compĂ©titivitĂ© de lâentreprise.
A dĂ©faut, les licenciements prononcĂ©s pourront ĂȘtre reconnus dĂ©pourvus de cause rĂ©elle et sĂ©rieuse en cas de contestation.
Section 2 : Analyse critique de la procédure du licenciement et perspectives
A la lumiĂšre de ce qui prĂ©cĂšde, nous avions dĂ©montrĂ© comment le droit du travail sâefforce Ă protĂ©ger le salariĂ©.
En effet, bĂ©nĂ©ficiant de nombreux droits, les salariĂ©s sont efficacement protĂ©gĂ©s par la loi, qui sâefforce de renforcer toujours davantage les procĂ©dures.
Certes, lâemployeur conserve le pouvoir sur le plan Ă©conomique, nĂ©anmoins, au niveau juridique, le rapport de force tend Ă basculer en faveur du salariĂ©.
Câest ainsi que le droit de rĂ©siliation unilatĂ©rale de lâemployeur nâest pas totalement discrĂ©tionnaire, ce dernier doit en effet, veiller Ă ne pas abuser de ce pouvoir.
Par consĂ©quent, avant toute dĂ©cision aux consĂ©quences lourdes tant sur le plan humain, social, financier, juridique, le chef dâentreprise doit se poser les bonnes questions : le droit du licenciement a-t-il vocation Ă sâappliquer ici ?[34]
La procĂ©dure du licenciement telle que nous lâavions prĂ©cĂ©demment abordĂ© nâa Ă©tĂ© rien dâautre que lâensemble des formalitĂ©s qui doivent ĂȘtre suivies pour parvenir Ă un licenciement rĂ©gulier et par consĂ©quent, mĂ©rite Ă ce stade ĂȘtre critiquĂ© en ce qui concerne le mode de sa prĂ©vision par le lĂ©gislateur congolais et la maniĂšre dont il est pratiquĂ© Ă la fois par les employeurs en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo et les tribunaux du travail saisis en contestation Ă cet effet (§1) ; et par la suite, nous proposerons des suggestions face au licenciement, principalement sous son aspect thĂ©orique et pratique (§2).
§1. Analyse critique du licenciement en droit congolais du travail
La cessation de la relation de travail sur lâinitiative de lâemployeur dans le cadre de lâexĂ©cution dâun contrat de travail Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e est aujourdâhui un Ă©lĂ©ment fondamental du droit du travail congolais.
En fait, lâĂ©lĂ©ment dĂ©terminant de la rupture du contrat de travail Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e Ă©tant la volontĂ© unilatĂ©rale de lâune des parties, celle de lâemployeur en matiĂšre de licenciement ne pouvait alors se fonder que sur les seules considĂ©rations liĂ©es au comportement du travailleur[35].
Et nous avions dĂ©montrĂ© dâautres aspects (motifs et procĂ©dures) Ă prendre en compte par lâemployeur pour procĂ©der Ă licenciement rĂ©gulier.
De ce fait, nous allons procĂ©der Ă ce niveau Ă lâanalyse critique des garanties en matiĂšre de licenciement, accordĂ©es aux travailleurs, qui varient en considĂ©ration de leur statut de travailleurs ordinaires (A) ou de salariĂ©s spĂ©cialement protĂ©gĂ©s (B).
- Analyse critique de la procédure du licenciement des travailleurs ordinaires en droit congolais du travail
Lorsque nous employons les mots « travailleurs ordinaires », il sied de prĂ©ciser que câest par opposition aux travailleurs membres de la dĂ©lĂ©gation syndicale, dans la mesure oĂč ces derniers sont spĂ©cifiquement protĂ©gĂ©s dans lâentreprise et surtout en matiĂšre de licenciement.
Cela étant, il nous faut relever plusieurs insuffisances dont fait montre le droit congolais quant à la procédure du licenciement tant individuel (1) que massif (2).
- En cas de licenciement individuel
En matiĂšre de licenciement individuel, lâarticle 72 nous semble ĂȘtre silencieux en ce qui concerne la procĂ©dure Ă applique lors du licenciement dans la mesure oĂč il se limite Ă donner Ă lâemployeur qui veut mener lâenquĂȘte sur les faits portĂ©s Ă lâencontre du travail, le pouvoir de suspendre ce dernier et de le notifier quant Ă ce.
Lâarticle 76 quant Ă lui prĂ©voit la possibilitĂ© pour lâemployeur de notifier le travailleur de sa dĂ©cision du licenciement.
En lâespĂšce, le lĂ©gislateur congolais nâa pas prĂ©vu une procĂ©dure spĂ©cifique en cas de licenciement au sens des formalitĂ©s Ă suivre Ă la lettre pour procĂ©der au licenciement.
De ce fait, le droit du travail sacralisĂ© par la doctrine par rapport Ă son objet, qui est de protĂ©ger les salariĂ©s des abus de leurs employeurs, se nâavĂšre ne pas rĂ©pondre aux aspirations des travailleurs congolais en matiĂšre de licenciement individuel oĂč lâarbitraire de lâemployeur semble ĂȘtre la seule voix Ă suivre pour ce faire.
Contrairement au droit congolais du travail, le droit français et allemand ont bel et bien prĂ©vue des Ă©tapes Ă suivre pour procĂ©der au licenciement, Ă savoir : la convocation du salariĂ© Ă un entretien prĂ©alable, afin que ce dernier se dĂ©fende quant aux faits mis Ă sa charge devant lâemployeur ; ces lĂ©gislations vont plus loin en prĂ©voyant mĂȘme que le salariĂ© Ă ce niveau peut se faire assister par un reprĂ©sentant du personnel (ceci pour respecter le principe de contradictoire).
La deuxiĂšme Ă©tape de la procĂ©dure du licenciement prĂ©vue endroit français et allemand est celle de lâaudition du salariĂ©, qui est une suite logique de la premiĂšre.
La troisiĂšme Ă©tape de la procĂ©dure intervient aprĂšs la prise de la dĂ©cision par lâemployeur de licencier le travailleur, et dans ce cas tant le droit congolais, français quâallemand prĂ©voient la notification du licenciement au travailleur concernĂ©.
La derniĂšre Ă©tape de la procĂ©dure est aussi respectĂ©e tant en droit congolais, français quâallemand, Ă savoir lâindemnisation du licenciement, comprenant plusieurs indemnitĂ©s susceptibles dâĂȘtre payĂ© lorsque les conditions y affĂ©rentes sont remplies.
- En cas de licenciement massif ou pour motif économique
Sâagissant de la procĂ©dure du licenciement massif ou pour motif Ă©conomique, le lĂ©gislateur congolais semble ne pas ĂȘtre prĂ©cis par rapport au contenu des « raisons Ă©conomiques » en ouvrant la brĂšche Ă nâimporte quelle interprĂ©tation des raisons Ă©conomiques pouvant entrainer le licenciement massif des salariĂ©s.
Cependant quant Ă la procĂ©dure proprement dite de ce licenciement, le lĂ©gislateur congolais en a prĂ©vu une, qui malgrĂ© ses zones dâombre, existe et est respectĂ©e par les employeurs congolais.
Cette procĂ©dure peut, aprĂšs lecture des dispositions lĂ©gales du code du travail, notamment lâarticle 78, ĂȘtre classĂ© en quatre Ă©tapes suivantes :
- La fixation de lâordre de licenciement : qui est une Ă©tape dans laquelle lâemployeur se rĂ©fĂšre aux critĂšres lui permettant dâĂ©tablir un ordre des licenciements afin de dĂ©terminer quels postes (et non quels salariĂ©s) feront lâobjet dâun licenciement dans lâentreprise.
A cet effet, lâemployeur « doit respecter l’ordre des licenciements Ă©tabli en tenant compte de la qualification professionnelle, de l’anciennetĂ© dans l’Ă©tablissement et des charges de famille du travailleur ». et par consĂ©quent, « seront licenciĂ©s en premier lieu, les travailleurs prĂ©sentant les moindres aptitudes professionnelles pour les emplois maintenus et, en cas d’Ă©galitĂ© d’aptitudes professionnelles, les travailleurs les moins anciens, l’anciennetĂ© Ă©tant majorĂ©e d’un an pour le travailleur mariĂ© et d’un an pour chaque enfant Ă charge »[36].
- Analyse critique de la procédure du licenciement de salariés spécialement protégés
Le rĂ©gime protecteur dans ce cas concerne tant le licenciement des travailleurs membres de la dĂ©lĂ©gation syndicale que toute rupture Ă lâinitiative de lâemployeur, ainsi que la rupture conventionnelle.
Et par rapport Ă cette procĂ©dure qui se veut spĂ©ciale, nous estimons aprĂšs lecture du code du travail que la spĂ©cialitĂ© de cette procĂ©dure rĂ©side dans lâapprobation obligatoire de lâinspecteur de travail de la dĂ©cision du licenciement pris par lâemployeur.
Tandis que les autres procédures concernant le licenciement individuel et massif restent inchangées.
Cette procédure spéciale propre au licenciement du salarié protégé implique donc:
- une consultation du comitĂ© dâentreprise sur le projet de licenciement du salariĂ© protĂ©gĂ© (sauf pour les dĂ©lĂ©guĂ©s syndicaux qui ne sont pas visĂ©s par lâarticle 78) ;
- une demande dâautorisation de licencier adressĂ©e Ă lâinspection du travail[37].
Le législateur congolais précise encore que la protection est applicable pendant toute la durée du mandat (trois ans en principe, sauf dispositions conventionnelles différentes) à compter du jour de proclamation des résultats aux élections professionnelles[38].
Les droits français et allemand vont plus loin, en prĂ©voyant que le bĂ©nĂ©fice du statut protecteur sâapplique dĂšs que lâemployeur a reçu la notification de la dĂ©signation dâun dĂ©lĂ©guĂ© syndical travaillant au sein de son entreprise et pendant tout le mandat (protection pendant les 12 mois suivant la fin de son mandat sâil a durĂ© au moins un an). Il en est de mĂȘme si lâemployeur a connaissance de lâimminence de la dĂ©signation avant dâavoir convoquĂ© le salariĂ© Ă un entretien prĂ©alable Ă son licenciement[39].
Comme nous lâavions dĂ©montrĂ© depuis le dĂ©but de cette Ă©tude, le licenciement est la rupture du contrat de travail par lâemployeur. Il doit ĂȘtre motivĂ© par un motif prĂ©vu par la loi.
Câest ainsi que le licenciement nĂ©cessite aussi une procĂ©dure prĂ©vue par la loi afin dâĂ©viter lâarbitraire que peuvent user les employeurs Ă lâencontre de leurs travailleurs livrĂ©s Ă eux-mĂȘmes.
Alors quâen est-il du droit congolais du travail, qui semble avoir pour vocation la protection des intĂ©rĂȘts des salariĂ©s, le travail Ă©tant considĂ©rĂ© en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo comme la principale source des revenus pour la survie des mĂ©nages ? Telle est la question qui nous a permis de mener nos investigations.
En effet, selon notre Ă©tude, nous remarquons que le lĂ©gislateur congolais soumet le licenciement du travailleur Ă des rĂšgles de procĂ©dure imprĂ©cises et sâest trĂšs peu prĂ©occupĂ© du non respect de ces rĂšgles par lâemployeur.
Les irrĂ©gularitĂ©s de procĂ©dure du licenciement appellent qualification et sanction sur lesquelles, en lâabsence de dispositions lĂ©gales, les juges adoptent des positions trĂšs variĂ©es.
LâinsĂ©curitĂ© juridique qui en dĂ©coule appelle lâintervention du lĂ©gislateur qui pourrait sâinspirer des solutions que nous comptons proposer dans le cadre de ce travail de fin dâĂ©tude, nous inspirant du droit français et du droit allemand, choisis depuis le dĂ©but de ce travail comme droits de comparaison avec le droit congolais du travail.
A la lumiĂšre des notions prĂ©cĂ©dentes telles que dĂ©veloppĂ©es, nos perspectives tourneront autour des suggestions quant aux prĂ©visions lĂ©gales dâune procĂ©dure appropriĂ©e au licenciement tant individuel (A) que massif (B).
- Perspectives quant la procédure du licenciement individuel
Notre Ă©tude dĂ©montre depuis le dĂ©but que licenciement doit obĂ©ir Ă des rĂšgles de procĂ©dure dont lâemployeur ne peut se passer.
Pour ce qui est du licenciement individuel, nos perspectives tourneront au tour de deux types de licenciement individuel, Ă savoir : pour motif disciplinaire (en cas de faute du salariĂ©), pour motif non disciplinaire (en cas d’insuffisance professionnelle, d’inaptitude physique, de refus d’une modification du contrat de travail…).
Sâagissant du licenciement individuel pour motif personnel, particuliĂšrement pour la faute lourde, le lĂ©gislateur congolais se borne en prĂ©voyant une possibilitĂ© de rupture immĂ©diate du contrat.
A cet effet, il se pose un problĂšme Ă savoir celui de savoir, qui est habilitĂ© Ă juger quâune faute peut ĂȘtre rĂ©putĂ©e comme lourde ou non, car le lĂ©gislateur congolais ne pas aussi prĂ©cis lorsquâil dit quâil prĂ©voit quâune partie est rĂ©putĂ©e avoir commis une faute lourde lorsque les rĂšgles de la bonne foi ne permettent pas d’exiger de l’autre qu’elle continue Ă exĂ©cuter le contrat[40].
Câest pourquoi nous prĂ©conisons que le lĂ©gislateur congolais respecte les Ă©tapes prĂ©vues en droit français et allemand lorsquâun travailleur commet une faute passible du licenciement, Ă savoir : convoquer le travailleur pour demande dâexplication quant aux faits lui reprocher, avant de le notifier de la dĂ©cision.
Cependant, dans le but de protĂ©ger les salariĂ©s, le lĂ©gislateur congolais doit aussi bien dĂ©finir la faute lourde, tout en prĂ©voyant la possibilitĂ© dâun recours gracieux du salariĂ© en cas de licenciement, avant toute initiative de saisine de lâinspection du travail.
Le licenciement individuel pour motif liĂ© Ă lâaptitude du travail quant Ă lui, reproche le lĂ©gislateur congolais de nâavoir pas spĂ©cifiĂ© ce quâil faut entendre par lâinaptitude du travailleur et la procĂ©dure particuliĂšre quant Ă ce. Cela peut entretenir lâarbitraire dans le chef de lâemployeur.
De ce fait, nous proposerons au lĂ©gislateur congolais de prĂ©voir ce type de licenciement comme dernier recours de lâemployeur lorsque le travailleur est inapte quant Ă ses taches au travail.
Lâemployeur devra dâabord tenter le changement des conditions de travail peut ĂȘtre imposĂ© par lâemployeur dans le cadre de son pouvoir de direction. Le refus du salariĂ© (autre fois inapte) peut Ă cet effet entrainer la rupture du contrat et peut constituer une faute professionnelle que lâemployeur est en droit de sanctionner par le licenciement.
Le lĂ©gislateur devra alors encadre ce type de licenciement par quelque prĂ©alables justifiant lâinsuffisance professionnelle ou lâincompĂ©tence du travailleur, Ă savoir :
- elle doit reposer sur des faits précis et vérifiables ;
- elle doit ĂȘtre imputable au salariĂ© (ni du fait de lâemployeur, ni liĂ©e Ă la conjoncture Ă©conomique) ;
- elle doit enfin reposer sur des faits en rapport avec la conformité des tùches confiées au salarié au regard de sa qualification.
Le lĂ©gislateur congolais devra prĂ©voir que si ces conditions ne sont pas toutes rĂ©unies, le licenciement liĂ© Ă lâaptitude du travailleur, le licenciement soit interdit.
A ces conditions, le droit français parait encore plus explicite lorsquâil prĂ©voit quâ« il faut Ă©galement prendre en compte lâĂ©ventuelle responsabilitĂ© de lâemployeur face Ă un constat dâinsuffisance professionnelle.
Ce dernier ne saurait invoquer un tel motif sâil a par exemple, il a recrutĂ© un salariĂ© qui nâavait manifestement pas la qualification nĂ©cessaire ou sâil a confiĂ© des tĂąches ne relevant pas de la qualification pour laquelle lâembauche a Ă©tĂ© faite, si les tĂąches confiĂ©es sont excessives, ou encore sâil nâa pas assurĂ© lâadaptation du salariĂ© Ă son poste de travail Ă laquelle il est tenu, notamment du fait de lâĂ©volution des emplois, des technologie et des organisations »[41].
- Perspectives quant la procédure du licenciement massif
La procédure du licenciement pour motif économique est bien organisée en droit congolais que celui individuel.
Cependant, le lĂ©gislateur congolais doit encore renforcer les conditions prĂ©alables Ă observer pour procĂ©der Ă ce licenciement, qui souvent est Ă la base de lâaugmentation du taux de chĂŽmage qui, en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, est dĂ©jĂ trĂšs Ă©levĂ©.
Nous estimons que le lĂ©gislateur devra prĂ©voir que lâinspection du travail soit habilitĂ©e Ă vĂ©rifier :
- la rĂ©alitĂ© et le sĂ©rieux des motifs avancĂ©s (les difficultĂ©s devront de toute façon ĂȘtre suffisamment importantes et durables pour justifier la suppression dâun emploi ou la moduification dâun contrat de travail) ;
- lâinspection du travail devra rester souveraine dans son contrĂŽle et apprĂ©ciation : il ne devra pas se contenter de constater les difficultĂ©s Ă©conomiques avancĂ©es mais devra aussi apprĂ©cier la rĂ©alitĂ© de celles-ci au regard des mesures prises.
Il ferait donc « parler » les chiffres qui doivent lui ĂȘtre prĂ©alablement soumis avant dâautoriser le licenciement pour motif Ă©conomique, etc.
A cet effet, la jurisprudence français nous inspire lorsquâelle ne reconnait pas le caractĂšre Ă©conomique pour des licenciements motivĂ©s par :
- Des difficultés passagÚres et non durables ;
- Des difficultĂ©s Ă©conomiques obligeant Ă supprimer le poste dâun salariĂ© alors que moins dâun mois avant lâengagement de la procĂ©dure un salariĂ© avait Ă©tĂ© recrutĂ© pour exercer les mĂȘmes fonctions ;
- La volontĂ© de rĂ©duire les frais fixes dans une entreprise dont la situation financiĂšre est excellente ou dans une entreprise dĂ©ficitaire depuis des annĂ©es en lâabsence de dĂ©monstration dâune aggravation de la situation ;
- La simple perte dâun contrat ou dâun marchĂ©.
LâInspecteur du travail, qui selon le code du travail[42], s’assure avant la mise en Ćuvre des licenciements du respect de la procĂ©dure prescrite et des critĂšres retenus par l’employeur.
En cas de non-respect de la procĂ©dure ou des critĂšres fixĂ©s, l’Inspecteur du Travail le notifie par Ă©crit Ă l’employeur. Celui-ci est tenu de rĂ©pondre avant de procĂ©der aux licenciements.
Lâinspecteur du travail devra inscrire ces conditions prĂ©alables proposĂ©es ci-dessus, si elles sont lĂ©gifĂ©rĂ©es, pour assurer plus de protection du travailleur e droit du travail congolais.
[1] Les juges ont également précisé cet ordonnancement par une jurisprudence abondante.
[2] J. PICOTTE, « Juridictionnaire », in RECUEIL DES DIFFICULTĂS ET DES RESSOURCES DU FRANĂAIS JURIDIQUE, Octobre 2005, p. 52.
[3] Article 72, alinéa 4 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[4] Article 72, alinéa 7, Idem.
[5] Câest dans ce mĂȘme ordre dâidĂ©es que le lĂ©gislateur a prĂ©cisĂ© que « la durĂ©e de la suspension ne peut excĂ©der quinze jours, et un dĂ©lai supplĂ©mentaire de quinze jours est accordĂ© Ă l’employeur dont le siĂšge social ne se trouve pas sur le lieu d’exĂ©cution du contrat ».
[6] Cfr contenu de la Convention collective interprofessionnelle nationale du travail du 30 septembre 1995.
[7] Si la convocation est adressĂ©e Ă un salariĂ© en arrĂȘt maladie, il est conseillĂ© de fixer lâheure de lâentretien pendant les heures de sortie autorisĂ©e par le mĂ©decin.
[8] ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL, « PrĂ©sentation du droit du travail de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale dâAllemagne », in www.ilo.org consultĂ© le 09/05/2019 Ă 18h00
[9] Article 72 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[10] Lâemployeur ne pouvant pas devant les tribunaux invoquer un motif non tirĂ© de la lettre notifiĂ©e au salariĂ©.
[11] ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL, Op.cit., consulté le 09/05/2019 à 18h15.
[12] Cfr le contenu de lâarticle 64, alinĂ©a 3 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiĂ©e et complĂ©tĂ©e par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, NumĂ©ro spĂ©cial, 57Ăšme annĂ©e, 29 juillet 2016.
[13] Article 60, point a, Idem.
[14] Cette indemnitĂ© est prĂ©vue Ă lâarticle 63, alinĂ©a 3 de la loi sous examen, qui dispose « La rupture de contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e sans prĂ©avis ou sans que le prĂ©avis ait Ă©tĂ© intĂ©gralement observĂ© comporte l’obligation, pour la partie responsable, de verser Ă l’autre partie une indemnitĂ© dont le montant correspond Ă la rĂ©munĂ©ration et aux avantages de toute nature dont aurait bĂ©nĂ©ficiĂ© le travailleur durant le dĂ©lai de prĂ©avis qui n’a pas Ă©tĂ© effectivement respectĂ© ».
[15] Article 144 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[16] Cfr contenu de la Convention collective interprofessionnelle nationale du travail du 30 septembre 1995.
[17] Article 258, aux alinéas 1, 3 et 4 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[18] ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL, Op.cit., consulté le 09/05/2019 à 22h15.
[19] Article 78, alinéa 1er de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[20] Article 78, alinéa 2, Idem.
[21] Article 62, alinéa 3, Ibidem.
[22] Cfr lâarticle 78, alinĂ©a 2 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiĂ©e et complĂ©tĂ©e par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, NumĂ©ro spĂ©cial, 57Ăšme annĂ©e, 29 juillet 2016.
[23] A. VERHULST, ComptabilitĂ© analytique dâexploitation, Kinshasa, ed. CRP, 1984, p. 59.
[24] En lâespĂšce, les juges français et allemand devront donc apprĂ©cier ; ce qui nous semble nâĂȘtre pas le cas en droit congolais, qui reste silencieux quant Ă ce. En dâautres termes, les juges ne se contentent pas de constater les difficultĂ©s Ă©conomiques avancĂ©es mais apprĂ©cient la rĂ©alitĂ© de celles-ci au regard des mesures prises.
[25] Article 78, aux alinéas 2, 3 et 4 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[26] Article 78, alinéa 5Úme, Idem.
[27] MANGWAYA BUKUKU, Op.cit., p. 458.
[28] Nous pouvons imaginer Ă titre illustratif le cas ci-aprĂšs : Un changement de matĂ©riel informatique important rendant inĂ©vitable des suppressions dâemploi ou encore lâadaptation/ reclassement des salariĂ©s, La suppression du poste de lâactivitĂ© dâillustrateur sonore en raison du recours Ă de nouveaux moyens de reportage, et La mise en place dâune gestion informatique des dossiers, la salariĂ©e nâayant pu sâadapter Ă lâĂ©volution de son emploi malgrĂ© la formation dispensĂ©e.
[29] Cass. Soc. 1er avril 1992, n° 90-44697, trouvé sur https://www.jurisprudence-cour-francaise-en-matiere-de-licenciement-massif/o87 consulté le 13 mai 2019 à 07h40.
[30] Cass. Soc. 24 juin 2003, n° 01-42713, https://www.jurisprudence-cour-francaise-en-matiere-de-licenciement-massif/o87 consulté le 13 mai 2019 à 07h40.
[31] Cass. Soc. 31 mai 2006, n° 04-47376, in https://www.jurisprudence-cour-francaise-en-matiere-de-licenciement-massif/o87 consulté le 13 mai 2019 à 07h50.
[32] Cass. Soc. 24 mars 2010, n° 09-40444, Idem.
[33] A. VERHULST, Op.cit., p. 92.
[34] DETREZ ELISA, La protection du salariĂ© face au licenciement, Ă©tude comparĂ©e des droits du travail français, allemand et britannique : des garanties identiques ?, MĂ©moire de fin dâĂ©tudes, Institut dâEtude Politiques de Lyon, 2004-2005, p. 9.
[35] A. ILOKI, Le droit du licenciement au Congo, Paris, lâHarmattan, 2000, p. 20.
[36] Article 78 aux alinéas 2 et 4 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[37] Article 258, alinéa 1er de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[38] Article 257, alinéa 1er, Idem.
[39] DETREZ ELISA, Op.cit., p. 14.
[40] Article 72, alinéa 2 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
[41] Article 6321-1 de la Loi française n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels.
[42] Article 78, aux alinéas 8 et 9 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
CONCLUSION
Comme nous lâavions dĂ©montrĂ© au cours de cette analyse, dans diverses lĂ©gislations contemporaines relatives au travail, le licenciement obĂ©it Ă des rĂšgles de procĂ©dure dont lâemployeur ne peut se passer.
Pour autant notre analyse semble avoir relevĂ© le fait que le lĂ©gislateur congolais nâa pas toujours prĂ©cisĂ© les consĂ©quences qui sâattachent au manquement Ă ces rĂšgles procĂ©durales et les imprĂ©cisions procĂ©durales Ă cet Ă©gard sont bien remarquables.
LâimprĂ©cision voire lâabsence de la procĂ©dure du licenciement en droit positif congolais devient alors un objet dâĂ©tude qui a mĂ©ritĂ© que lâon sây intĂ©resse.
Lorsque le contrat de travail est Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e, lâemployeur a la possibilitĂ© dây mettre fin Ă sa seule initiative. On parle de licenciement.
Il est dĂ©fini comme « lâacte par lequel lâemployeur rompt unilatĂ©ralement le contrat de travail et congĂ©die un ou plusieurs salariĂ©s »[1].
Notre analyse a consistĂ© Ă Ă©voquer le fait que, outre lâexigence dâun motif objectif et sĂ©rieux, le licenciement est encadrĂ© par des rĂšgles de procĂ©dure ; et cela tant en droit allemand, français que congolais.
Elles consistent soit dans le respect de formes soit dans lâaccomplissement de formalitĂ©s spĂ©cifiques. Elles varient selon quâil sâagit dâun licenciement pour motif personnel ou dâun licenciement pour motif Ă©conomique.
Le processus qui aboutit au licenciement pour motif personnel se dĂ©compose en deux grandes phases : lâentretien prĂ©alable et la notification du licenciement.
La procĂ©dure du licenciement pour motif Ă©conomique comporte trois phases importantes, Ă savoir lâinformation de lâinspecteur du travail du licenciement projetĂ©, la consultation des dĂ©lĂ©guĂ©s du personnel et la notification du licenciement.
Le licenciement des dĂ©lĂ©guĂ©s est subordonnĂ© Ă lâautorisation prĂ©alable de lâinspecteur du travail.
Notre inquiĂ©tude au cours de cette analyse rĂ©sidait dans le fait que le droit congolais du travail nâĂ©tait pas Ă la hauteur parfaite de la protection du salariĂ© tel que les doctrinaires congolais du droit du travail ont toujours revendiquĂ© comme but de ce droit, Ă savoir la protection du travailleur.
Ces imprĂ©cisions que comporte le Code du travail congolais est Ă lâorigine de plusieurs recours en litige du travail devant les Inspecteurs congolais du travail et les tribunaux congolais du travail, car ayant laissĂ© Ă lâemployeur la libertĂ© de procĂ©der au licenciement sans plusieurs restrictions et une procĂ©dure adĂ©quate, les salariĂ©s licenciĂ©s se trouvent victimes de plusieurs abus perpĂ©trĂ©s par les employeurs.
Une Ă©tude jurisprudentielle serait intĂ©ressante pour dĂ©montrer cette affirmation ; cependant, nous nous sommes penchĂ©e dans nos recherches sur les prĂ©visions lĂ©gales sans faire intervenir lâanalyse jurisprudentielle.
On comprend au terme de cette analyse que les rĂšgles de procĂ©dure du licenciement visent Ă prĂ©venir le risque de licenciement qui doit ĂȘtre la mesure ultime et Ă prĂ©parer un Ă©ventuel contentieux[2].
Quels que puissent ĂȘtre les motifs du licenciement ou encore leur gravitĂ©, les rĂšgles de procĂ©dure doivent ĂȘtre respectĂ©es par lâemployeur.
A cet Ă©gard, une partie de la doctrine fait observer que « les garanties de procĂ©dure sont surtout utiles lorsque les risques de licenciement sont les plus sĂ©rieux»[3] et il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que la procĂ©dure dâentretien doit avoir lieu quelle que soit la gravitĂ© de la faute commise par le salariĂ©[4], mĂȘme si le salariĂ© a reconnu par Ă©crit avoir commis les fautes qui lui sont reprochĂ©es[5].
Toutes ces prĂ©cisions de la jurisprudence françaises nous montrent lâimportance du respect de la procĂ©dure du licenciement dans la protection du salariĂ©.
Lâemployeur donc qui envisage de licencier le travailleur doit impĂ©rativement respecter la procĂ©dure du licenciement.
LâĂ©vidence de cette rĂ©alitĂ© cache cependant la controverse qui entoure la qualification du manquement constituĂ© par le non-respect des rĂšgles procĂ©durales du licenciement.
LorsquâĂ lâoccasion de la rupture du contrat de travail Ă lâinitiative de lâemployeur, le dispositif procĂ©dural du licenciement nâest pas respectĂ© par celui-ci, comment peut-on qualifier le manquement dont il se rend ainsi coupable ?
Le législateur congolais est resté muet sur la question et les juges adoptent des solutions diverses. Le licenciement sous-tendu par un motif objectif et sérieux mais prononcé en violation des rÚgles de procédure serait abusif[6], abusif en la forme ou irrégulier en la forme.
La divergence de vues incite à rechercher la qualification du manquement aux rÚgles de procédure du licenciement.
Dans le prolongement de cette préoccupation, la question reste particuliÚrement posée de la sanction de la violation des rÚgles de procédure du licenciement.
En effet, le lĂ©gislateur congolais nâa pas prĂ©vu la sanction spĂ©ciale applicable aux irrĂ©gularitĂ©s de procĂ©dure.
Lâinobservation des rĂšgles de procĂ©dure du licenciement pose alors, en droit congolais, le problĂšme de la qualification du manquement Ă ces rĂšgles et de la sanction encourue par lâemployeur.
A ces questions, la prĂ©sente analyse ne peut rĂ©pondre dans la mesure oĂč elle sâest penchĂ©e sur la procĂ©dure et non sur les suggestions au lĂ©gislateur congolais quant Ă la qualification juridique et la sanction spĂ©cifique de lâirrespect de la procĂ©dure du licenciement.
[1] G. CORNU, Vocabulaire juridique, Paris, PUF, 2010, p. 561.
[2] MAZEAUD (A.), Droit du travail, Paris, Montchrestien, 7Úme édition, 2010, p. 375.
[3] J. PELISSIER, G. AUZERO et E. DOCKES, Droit du travail, Paris, Dalloz, 26Úme édition, 2012, p. 457.
[4] Soc. 22 mars 1979, Dr. soc. 1979. 293, obs. J. Savatier ; Soc. 9 octobre 1980, Bull. civ. V. n° 534, in https://www.jurisprudence-cour-francaise-en-matiere-de-licenciement-massif/o87 consulté le 15 mai 2019 à 10h50.
[5] Soc. 9 avr. 1987, Jur. soc. 1987, NB 57, in https://www.jurisprudence-cour-francaise-en-matiere-de-licenciement-massif/o87 consulté le 15 mai 2019 à 10h50.
[6] Article 63 de la Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016.
BIBLIOGRAPHIE
- TEXTES JURIDIQUES
- Textes étrangers
- Code du travail français de 1989 ;
- Convention GenĂšve du 02 juin 1982 sur la cessation de la relation de travail sur l’initiative de l’employeur, entrĂ©e en vigueur en 1985 ;
- Loi française n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels.
- Textes nationaux
- ArrĂȘtĂ© MinistĂ©riel n° 69/0024 sur les modalitĂ©s de dĂ©claration de lâembauchage et du dĂ©part dâun travailleur, in Les Codes larcier de la RDC, Tome IV, droit du travail et de la sĂ©curitĂ© sociale, p. 45 ;
- ArrĂȘtĂ© ministĂ©riel n° 036/95 du 21 juin 1995portant Recours judiciaire contre la dĂ©cision de lâinspecteur du travail en cas de licenciement ou de mutation dâun dĂ©lĂ©guĂ© titulaire ou supplĂ©ant, in Les Codes Larcier, Tome IV : Droit du travail et de la sĂ©curitĂ© sociale, p. 110 ;
- Constitution de la RDC du 18 février 2006 telle que modifiée par la loi n° 11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la République démocratique du Congo, in JO RDC du 1er février 2011 ;
- Loi n° 015/2002 du 16 octobre 2002 portant Code du travail telle que modifiée et complétée par la loi n° 16/010 du 15 juillet 2016, in JO RDC, Numéro spécial, 57Úme année, 29 juillet 2016 ;
- Loi n°016-2002 du 16 octobre 2002 portant création, organisation et fonctionnement des tribunaux du travail ;
- Ordonnance n° 14/080 du 08 dĂ©cembre 2014 portant rĂšglement dâadministration relatif au personnel de lâinspection gĂ©nĂ©rale du travail, IGT en sigle.
- JURISPRUDENCE
- Cass. Soc. 1er avril 1992, n° 90-44697, trouvé sur http://www.rupture-pour-motif-de-reorganisation-entreprise-097 le 09 mars 2019 à 7h11 ;
- Cass. Soc. 1er avril 1992, n° 90-44697, trouvé sur https://www.jurisprudence-cour-francaise-en-matiere-de-licenciement-massif/o87 consulté le 13 mai 2019 à 07h40 ;
- Cass. Soc. 24 juin 2003, n° 01-42713, https://www.jurisprudence-cour-francaise-en-matiere-de-licenciement-massif/o87 consulté le 13 mai 2019 à 07h40 ;
- Cass. Soc. 31 mai 2006, n° 04-47376, in https://www.jurisprudence-cour-francaise-en-matiere-de-licenciement-massif/o87 consulté le 13 mai 2019 à 07h50 ;
- Soc. 22 mars 1979, Dr. soc. 1979. 293, obs. J. Savatier ; Soc. 9 octobre 1980, Bull. civ. V. n° 534, in https://www.jurisprudence-cour-francaise-en-matiere-de-licenciement-massif/o87 consulté le 15 mai 2019 à 10h50 ;
- Soc. 9 avr. 1987, Jur. soc. 1987, NB 57, in https://www.jurisprudence-cour-francaise-en-matiere-de-licenciement-massif/o87 consulté le 15 mai 2019 à 10h50.
- DOCTRINE
- Ouvrages
- A. ILOKI, Le droit du licenciement au Congo, Paris, L’Harmattan, 1Ăšre Ă©dition, 2000 ;
- A. VERHULST, ComptabilitĂ© analytique dâexploitation, Kinshasa, ed. CRP, 1984 ;
- D. GRANDGUILLOT, Droit du travail et de la sécurité sociale, Paris, 6Úme édition, GUALINO, 2003 ;
- G. CORNU, Vocabulaire juridique, Paris, PUF, 2010 ;
- Gh. CAMERLYNCK, Droit du travail : contrat de travail, Tome 2, Paris, Dalloz, 1982 ;
- Gh. JAGENEAU, Bref aperçu du Droit congolais du travail, Likasi, Editions SHALAMO, 2001 ;
- J. MASANGA PHOBA MVIOKI, Droit congolais du travail, Paris, LâHarmattan, 2015 ;
- J-M. KUMBU ki NGIMBI, Droit social, droit du travail et de la sécurité sociale, Kinshasa, Galimage, 2015 ;
- J. PELISSIER, G. AUZERO et E. DOCKES, Droit du travail, Paris, Dalloz, 26Úme édition, 2012 ;
- LOIC CADIET, Panorama des modes alternatifs de rÚglement des conflits en Droit français, Paris, R.L.R, 2014 ;
- LUWENYEMA LULE, Précis de droit du travail zaïrois, Kinshasa, éd. LULE, 1989 ;
- MAYAKA et MPALA., RĂ©daction dâun mĂ©moire, conseils pratiques, Kinshasa, Ed. C.R.P. 2013 ;
- MAZEAUD (A.), Droit du travail, Paris, Montchrestien, 7Úme édition, 2010 ;
- M. NZANGI BATUTU, Droit de la rupture du contrat de travail : principes, motifs, procédures et sanctions, Kinshasa, CDPS, 2017 ;
- MUKA DI BONYI, Litige individuel du travail, Kinshasa, Chroniques de jurisprudence (1980-1995), Collection informations juridiques, 1997 ;
- S. GUINCHARD et T. DEBARD, Lexique des termes juridiques, Paris, Dalloz, 2012.
- Articles
- J. PICOTTE, « Juridictionnaire », in RECUEIL DES DIFFICULTĂS ET DES RESSOURCES DU FRANĂAIS JURIDIQUE, Octobre 2005 ;
- MANGWAYA BUKUKU, « Lâobligation de motif valable et de prĂ©avis dans la rĂ©siliation du contrat de travail », in Congo-Afrique, N°58, Kinshasa ;
- ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL, « PrĂ©sentation du droit du travail de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale dâAllemagne », in www.ilo.org consultĂ© le 07/05/2019 Ă 15h00 ;
- ULRICH MARTIN, « le licenciement dâun salariĂ© en Allemagne » in Epp & kĂŒhl, Strasbourg, 2012.
- Travail inédit
- DETREZ ELISA, La protection du salariĂ© face au licenciement, Ă©tude comparĂ©e des droits du travail français, allemand et britannique : des garanties identiques ?, MĂ©moire de fin dâĂ©tudes, Institut dâEtude Politiques de Lyon, 2004-2005.
- WEBOGRAPHIE
- https://www.partena-professional.be/fr/knowledge-center/infoflaches/importance-du-motif-de-licenciement-pour-lemployeur-et-le-travailleur Consulté le 07 mai 2019, à 11h25 ;


